Azerbaïdjan

Dans nos manuscrits et notre histoire, aucune page n’est blanche: le directeur du Matenadaran répond à Hikmet Hajiyev

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Dans nos manuscrits et notre histoire, aucune page n’est blanche: le directeur du Matenadaran répond à Hikmet Hajiyev

Le directeur de l’Institut des manuscrits anciens Matenadaran Mesrop Mashtots, Ara Khzmalyan, a répondu aux déclarations de Hikmet Hajiyev, assistant du président de l’Azerbaïdjan, concernant les manuscrits arméniens présentés à Gandzassar, soulignant que les ouvrages exposés n’étaient pas des originaux, mais des reproductions de haute qualité spécialement réalisées à des fins d’exposition.

« Dans nos manuscrits, dans notre histoire, nous n’avons pas de pages blanches, contrairement à beaucoup d’autres », a déclaré Khzmalyan, selon Armenpress, dans un entretien accordé au journal télévisé « Lurer » de la chaîne publique arménienne.

Hikmet Hajiyev avait présenté aux représentants du corps diplomatique accrédité à Bakou les pages blanches de livres arméniens exposés au Matenadaran de Gandzassar, les présentant dans le contexte de l’histoire de l’Arménie.

Le Matenadaran précise que les ouvrages exposés à Gandzassar n’étaient en aucun cas des originaux. Il s’agit de reproductions de haute qualité de manuscrits, réalisées au terme de plusieurs années de travail, parmi lesquelles les pages les plus importantes et les plus richement ornées ont été sélectionnées pour l’exposition.

« Toute personne ayant une connaissance, même élémentaire, du travail muséal comprendra que, lorsqu’un manuscrit doit être exposé dans un environnement qui ne dispose pas de conditions de sécurité adéquates, de conditions de conservation professionnelles ni d’un régime thermo-hygrométrique approprié, des reproductions de manuscrits sont réalisées à cette fin. Or, la réalisation d’une reproduction de manuscrit est un processus relativement coûteux et, généralement, on reproduit l’ouverture du manuscrit, c’est-à-dire les deux feuillets qui doivent être présentés dans telle ou telle salle d’exposition », a déclaré Khzmalyan.

Selon lui, c’est précisément pour cette raison que les autres pages des manuscrits présentés par Hajiyev sont blanches.

Le directeur du Matenadaran a également montré au journaliste l’original de la miniature exposée à Gandzassar.

« Je tiens également à préciser qu’il n’existe pas une seule des reproductions exposées sur place dont l’original, le manuscrit source, ne se trouve pas au Matenadaran. Je pense que tous ceux qui ont vu les images présentées aux ambassadeurs et aux représentants des milieux diplomatiques reconnaîtront cette œuvre. C’est une reproduction de celle-ci qui avait été exposée dans l’antenne du Matenadaran à Gandzassar. Cette somptueuse miniature. Nous pouvons feuilleter les pages une à une. D’une certaine manière, nous sommes même aujourd’hui en train de nous employer à établir ou à démontrer quelque chose qui est difficilement compréhensible. Nous n’avons rien à démontrer ni à établir, car le temps est un instrument bien plus puissant pour démontrer quoi que ce soit », a souligné Khzmalyan.

Malgré cela, le directeur du Matenadaran a invité les représentants des milieux diplomatiques et les chercheurs qui mettent en doute le patrimoine culturel arménien à se rendre au Matenadaran d’Erevan, promettant de dissiper tous leurs doutes et leurs préoccupations.

« Nous montrons aujourd’hui l’original et la reproduction du même manuscrit afin que la question soit claire pour tous. Je tiens à le répéter : pour montrer qu’il s’agit bien d’une reproduction du manuscrit, montrons également les pages blanches nous-mêmes. Voici les pages blanches de la reproduction de ce manuscrit. Et aucune explication rationnelle ne pourrait justifier pourquoi, pour l’exposition de seulement deux pages, nous aurions dû illustrer et calligraphier les feuillets restants.

Si vous n’êtes ni spécialiste, ni spécialiste des manuscrits, ni miniaturiste, il est probable que vous ne puissiez même pas distinguer une reproduction de très haute qualité d’un original. Et il est d’autant plus incompréhensible de montrer une reproduction et de la présenter comme une falsification de l’histoire », a déclaré Khzmalyan.

Selon Khachik Harutyunyan, conservateur du Matenadaran, plus de 100 manuscrits avaient au total été reproduits pour l’antenne de Gandzassar, ouverte en 2015. La plupart d’entre eux ont par la suite été transférés en Arménie, tandis qu’une trentaine environ sont restés à Gandzassar.

« En règle générale, pour réaliser une reproduction, on sélectionne les meilleures miniatures ou les meilleures pages du manuscrit concerné, tandis que les autres pages sont naturellement laissées en blanc, puisqu’une seule page sera exposée. Mais même cette page ou ces deux pages destinées à être exposées sont reproduites avec une telle fidélité que, pour le visiteur ou pour une personne qui ne connaît pas le sujet, il peut sembler qu’il s’agit véritablement de l’original », a déclaré Harutyunyan.

Les images diffusées par la partie azerbaïdjanaise montrent également une reproduction de l’un de ces manuscrits. L’original, conservé à Erevan, est un manuscrit daté de 1232, qui a été transféré au Karabakh au début du XIVe siècle, où il a été enluminé.

Selon Tamara Minasyan, chercheuse principale au Matenadaran d’Erevan, il est également connu sous le nom d’« Évangile des Traducteurs ».

« Il est également appelé “Évangile des Traducteurs” en raison de son séjour au monastère des Traducteurs, mais il a été conservé pendant très longtemps à Khadavank, d’où il a ensuite été transféré au monastère des Traducteurs de la région de Gandzak. Les scènes évangéliques ont été réalisées au XIVe siècle sur commande de représentants de la maison princière Dopian », a déclaré Minasyan.

L’événement organisé à Gandzassar à l’intention des représentants du corps diplomatique a également réuni Magdalena Grono, représentante spéciale de l’Union européenne pour le Caucase du Sud.

Selon Ara Khzmalyan, au Matenadaran, Magdalena Grono avait déjà pu voir à Erevan non seulement des manuscrits arméniens, mais également des spécimens du patrimoine écrit de différentes civilisations et religions.

« Je tiens à souligner avec satisfaction que les informations que nous avons transmises à Mme Grono, ainsi que les manuscrits qu’elle a vus, l’ont profondément impressionnée. Je pense qu’elle a révisé de manière assez approfondie ses perceptions par rapport à celles qu’elle avait avant d’entrer au Matenadaran », a déclaré Khzmalyan.

Évoquant l’histoire et les origines de Gandzassar, le directeur du Matenadaran a indiqué que des reproductions de nombreux documents exceptionnels témoignant de cette histoire avaient été conservées dans l’antenne de Gandzassar, dont les originaux se trouvent au Matenadaran d’Erevan.

« Ici, vous ne voyez que quelques exemples de documents relatifs à l’histoire de Gandzassar. Ce sont des documents d’une importance historique exceptionnelle. Vous verrez ici des documents portant les empreintes des méliks de Gandzassar ; ces sceaux signifiaient le pouvoir, tandis que celui-ci symbolise la vie spirituelle, les relations culturelles et économiques. Ainsi, Gandzassar a été l’un des centres spirituels et culturels du peuple arménien », a souligné Khzmalyan.

Selon lui, depuis près de trois ans, avec le soutien de l’ambassade des États-Unis en Arménie, un programme de restauration et de valorisation de manuscrits rédigés au Karabakh ainsi que de documents d’archives exceptionnels et rares est mis en œuvre en Arménie.

Dans le cadre de ce programme, les manuscrits de cette période ont été entièrement restaurés, et une exposition spéciale de ces manuscrits et documents d’archives devrait également être organisée prochainement.

Le 12 septembre, plusieurs dizaines de représentants du corps diplomatique accrédité en Azerbaïdjan, accompagnés de Hikmet Hajiyev, assistant du président de l’Azerbaïdjan et chef du département chargé des affaires de politique étrangère de l’administration présidentielle, se sont rendus à Gandzassar et à Dadivank.

À Gandzassar, Hajiyev a présenté aux diplomates les reproductions des manuscrits restées dans l’ancienne antenne du Matenadaran, en leur montrant leurs pages blanches et en affirmant qu’elles témoigneraient prétendument d’une falsification de l’histoire par la partie arménienne.

Au cours de la même visite, Hajiyev a également déclaré que Gandzassar et Dadivank constituaient « une partie intégrante du patrimoine chrétien de l’ancienne Albanie du Caucase » et a lié la fondation de Gandzassar à Hasan Jalal, qu’il a présenté comme le dirigeant de l’Albanie du Caucase.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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