Discours d’Ararat Mirzoyan lors de la table ronde consacrée à la redéfinition du Partenariat oriental de l’UE

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Le 13 octobre, le ministre arménien des Affaires étrangères et du Commerce international, Ararat Mirzoyan, a prononcé le discours d’ouverture de la table ronde intitulée « Redéfinir le Partenariat oriental de l’UE », organisée dans le cadre du Forum de Varsovie sur la sécurité.

Armenpress présente ci-dessous l’intégralité de son discours.

« Vos Excellences,

Chers collègues,

Mesdames et Messieurs,

C’est un honneur pour moi de m’adresser aujourd’hui à cette éminente assemblée.

Nous nous réunissons à un moment où l’une des initiatives politiques les plus réussies de l’Union européenne, le Partenariat oriental, est mise à l’épreuve par les nouvelles réalités d’un monde de plus en plus fragmenté.

Depuis sa création en 2009, le Partenariat oriental repose sur le principe selon lequel un rapprochement avec l’Union européenne peut contribuer à consolider la démocratie et à promouvoir les réformes institutionnelles dans le voisinage oriental de l’UE, tout en reconnaissant que les six pays partenaires orientaux ne partagent pas nécessairement les mêmes aspirations ni les mêmes priorités.

Toutefois, en près de deux décennies, de profondes transformations géopolitiques, sécuritaires et sociétales ont considérablement modifié le contexte dans lequel évolue le Partenariat oriental, tandis que les six pays participants ont emprunté des voies différentes en matière de développement politique et d’intégration européenne. Ces évolutions ont inévitablement remis en question la conception initiale sur laquelle reposait le modèle commun de ce partenariat.

La question fondamentale est de savoir comment le Partenariat oriental peut préserver sa pertinence, son efficacité et son ambition dans un environnement politique profondément transformé.  

Dans ce contexte, je souhaiterais présenter l’approche spécifique de l’Arménie à travers trois considérations essentielles.

Premièrement, le Partenariat oriental doit continuer d’accorder une importance particulière à la démocratie, à l’État de droit et à la résilience institutionnelle.

Du point de vue de l’Arménie, l’une des principales réalisations du Partenariat oriental réside dans sa contribution à la promotion de la gouvernance démocratique et des réformes institutionnelles. Ces réformes sont essentielles, non seulement parce qu’elles rapprochent l’Arménie des normes européennes, mais aussi parce qu’elles renforcent directement la résilience, l’efficacité et la légitimité de nos institutions publiques. À l’ère des menaces hybrides et de la désinformation, des institutions solides et soumises à l’obligation de rendre des comptes constituent en elles-mêmes un atout stratégique.

Deuxièmement, l’expérience de l’Arménie témoigne de l’importance de tenir compte des aspirations de chaque pays partenaire et du niveau d’ambition qu’il souhaite donner au développement de ses relations bilatérales avec l’Union européenne.

Depuis le lancement du Partenariat oriental, les relations entre l’Arménie et l’UE ont enregistré des progrès significatifs, notamment grâce à la mise en œuvre constante de l’Accord de partenariat global et renforcé. Notre partenariat a pris une dimension plus ambitieuse en décembre 2025, lorsque nous avons adopté le nouvel Agenda stratégique de partenariat entre l’Arménie et l’UE, élargissant ainsi la coopération à plusieurs domaines, notamment la sécurité et la résilience, la connectivité, l’énergie, la mobilité et l’intégration sectorielle.

Nos aspirations européennes ont également acquis une traduction juridique et politique. En mars 2025, l’Arménie a adopté la loi lançant le processus d’adhésion à l’Union européenne. En mai 2026, le premier sommet Arménie-UE s’est tenu, soulignant une nouvelle fois l’importance stratégique croissante de nos relations. Sur le plan concret, depuis 2023, la mission d’observation de l’UE en Arménie contribue à la stabilité le long de notre frontière avec l’Azerbaïdjan, tandis que la nouvelle mission de partenariat de l’UE contribue à renforcer notre résilience face à la désinformation, aux menaces hybrides et aux cybermenaces.

En réponse à nos aspirations, l’Union européenne développe avec l’Arménie un partenariat bilatéral de plus en plus adapté à ses spécificités. Bien que l’Arménie ne bénéficie pas encore du statut de pays candidat à l’adhésion à l’UE, le Plan pour la résilience et la croissance de l’Arménie est mis en œuvre. Parallèlement, nous progressons dans le dialogue sur la libéralisation des visas, tandis que les mesures commerciales autonomes récemment adoptées par l’UE ouvrent de nouvelles perspectives pour la diversification du commerce extérieur de l’Arménie.

Troisièmement, l’avenir du Partenariat oriental doit tenir compte de l’évolution du contexte géopolitique et de la connectivité dans le Caucase du Sud.

La région d’aujourd’hui n’est plus celle qui existait au lancement du Partenariat oriental. Le sommet de la paix tenu à Washington en août 2025 a fait émerger une nouvelle réalité dans le Caucase du Sud, ouvrant des perspectives pour la construction d’une région plus pacifique, plus connectée et davantage interdépendante.

La Déclaration de Washington a également donné le coup d’envoi de l’initiative TRIPP qui, en valorisant le potentiel économique, de transit et énergétique de la région et en assurant une connectivité fiable entre l’Europe et l’Asie, peut également contribuer à la paix et à la prospérité régionales.

La valorisation et la concrétisation du potentiel régional, conformément à la vision arménienne du « Carrefour de la paix », ainsi que le partenariat de connectivité entre l’Arménie et l’UE, peuvent contribuer à renforcer les liens entre l’Europe et ses voisins orientaux, tout en permettant au voisinage européen de s’adapter à des réalités géopolitiques profondément transformées.

Au regard de l’ensemble de ces facteurs et transformations, l’expérience de l’Arménie montre que l’avenir du Partenariat oriental pourrait dépendre précisément de sa capacité à évoluer et à s’adapter aux réalités changeantes. Il pourrait ainsi passer d’un cadre commun de voisinage à une plateforme flexible, permettant d’articuler différentes voies d’intégration européenne, de prendre en compte la diversité des aspirations et des modalités d’intégration européenne, tout en continuant de placer la démocratie, la coopération, la connectivité et la résilience au cœur de son action.

En définitive, l’objectif d’un Partenariat oriental repensé ne devrait pas être de préserver un modèle conçu pour répondre aux réalités du passé, mais de mettre en place un cadre visant à exploiter pleinement les possibilités actuelles, suffisamment souple pour tenir compte de la diversité des voies et des approches, et suffisamment ambitieux pour renforcer la connectivité entre nos régions.

Je vous remercie."

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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