Discours du Premier ministre Nikol Pashinyan à l’Assemblée nationale lors de l’examen du programme du Gouvernement pour 2026-2031
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Le Premier ministre de la République d’Arménie, Nikol Pachinian, a prononcé un discours à l’Assemblée nationale, présentant le programme du Gouvernement pour la période 2026-2031.
Monsieur le Président de l’Assemblée nationale,
Mesdames et Messieurs les Vice-Présidents,
Mesdames et Messieurs les Députés,
Mesdames et Messieurs les Membres du Gouvernement,
Cher peuple,
Le 7 juin 2026, le peuple de la République d’Arménie a voté en faveur de l’idéologie de l’Arménie réelle. Le résultat de ces élections est historique, car il redéfinit la vocation fonctionnelle de la République d’Arménie. En 1990, la proclamation de l’indépendance de la République d’Arménie reposait sur la philosophie selon laquelle l’État nous était nécessaire pour restaurer la justice historique, conception qui s’était notamment exprimée à travers le mouvement du Karabakh.
L’idéologie de l’Arménie réelle affirme que la seule vocation fonctionnelle de la République d’Arménie est d’assurer à ses citoyens, sur son territoire internationalement reconnu de 29 743 kilomètres carrés, la paix, la liberté, la sécurité et la prospérité, de créer un environnement propice au bonheur des citoyens ou, pour reprendre le terme couramment employé dans la vie contemporaine, un écosystème , ainsi que de préserver et de développer l’identité du peuple. C’est en faveur d’un tel État et d’une telle vision que les citoyens de la République d’Arménie ont voté le 7 juin 2026, et c’est cette vision que nous appelons la Quatrième République.
Ainsi, nous pouvons constater que la Quatrième République est fondée, que la Quatrième République est devenue une réalité. Le fait que ce soit précisément un État garantissant une vie en paix qui corresponde aux attentes de notre peuple m’apparaît clairement à la lumière d’une analyse rétrospective de l’histoire de la Troisième République. En 2021, par exemple, alors que l’opposition développait la thèse selon laquelle « le pouvoir vaincu doit partir », le peuple a accordé son vote de confiance au parti « Contrat civil ». En revanche, depuis 1994, aucun des anciens présidents qui avaient fait de la victoire dans la guerre leur principal discours ou s’étaient présentés comme des dirigeants victorieux n’a obtenu, lors d’élections, le mandat de confiance du peuple et chacun d’eux a été contraint de s’emparer du pouvoir par la fraude, le recours à la force et/ou au moyen d’assassinats et d’intimidations. C’est une telle tentative qui a abouti à la révolution de 2018. Tout cela montre une chose : notre peuple a compris bien plus tôt que le conflit du Karabakh était un piège et que, sans faire face à cette réalité, il était impossible de construire un État véritablement indépendant, dans lequel il serait possible de vivre librement, en sécurité et dans la prospérité.
Cependant, comme cela s’est souvent produit dans notre histoire, ces aspirations du peuple n’ont pas trouvé de traduction politique, car notre tradition historique consiste à imposer au peuple des idées émanant des élites politiques et spirituelles, plutôt qu’à dégager des idées et des orientations politiques à partir des souhaits et des aspirations du peuple. Et cette tradition s’est poursuivie jusqu’à la Révolution populaire, non violente et de velours de 2018. Le résultat essentiel de la Révolution devait être de renforcer l’influence du peuple sur la définition des politiques et des orientations politiques. Ce phénomène s’est d’abord exprimé de manière intuitive, puis a pris une forme de plus en plus affirmée et structurée, et ce qui se déroule ici aujourd’hui en est précisément l’expression.
С’est pour moi un grand honneur de présenter à l’Assemblée nationale le programme du Gouvernement pour les années 2026-2031, avec lequel nous entrons dans la Quatrième République. C’est pour moi un grand honneur de présenter un programme gouvernemental fondé sur l’idéologie de l’Arménie réelle. C’est également pour moi un grand honneur de réaffirmer, à l’occasion de la présentation du programme du Gouvernement, l’engagement qui est le mien, celui du Gouvernement et de la majorité au pouvoir envers l’agenda de la Révolution populaire, non violente et de velours de 2018, qui doit parvenir à son plein aboutissement au cours des années 2026-2031.
Mais quel est l’agenda de la Révolution ? Il s’agit d’instaurer un environnement fondé sur la justice, d’éliminer l’impunité et l’oligarchie, de restituer à l’État et au peuple les biens acquis illégalement, d’élucider les crimes ayant suscité une large émotion au sein de la société et de traduire leurs auteurs en justice, d’instaurer un État exempt de corruption, de développer les institutions démocratiques et de mettre en place une gouvernance transparente et participative. Dans toutes ces directions, des avancées significatives ont été enregistrées en Arménie depuis 2018. Néanmoins, cet agenda est resté inachevé pour deux raisons principales. L’une d’elles est que, depuis la pandémie de COVID-19, l’équipe issue de la Révolution qui a pris en charge la gouvernance de l’Arménie a été contrainte de se consacrer à la gestion des crises, l’essentiel de son attention et de son énergie ayant été concentré précisément sur les agendas de crise.
La deuxième raison, non moins importante, réside dans les influences déviantes, tant externes qu’internes, qui s’exercent sur les institutions de notre pays et sur leur fonctionnement. Mais, malgré tout cela, nous avons été en mesure de mener à bien des réformes institutionnelles qui permettent d’espérer que, finalement, l’agenda inachevé de la Révolution sera pleinement réalisé, car la mise en œuvre de cet agenda se poursuit à pleine échelle, et elle est en cours aujourd’hui même.
Le système de restitution des biens acquis illégalement fonctionne désormais pleinement. Parallèlement au système de protection des intérêts de l’État et des collectivités, des biens et des fonds d’un montant total d’environ 304 milliards 182 millions de drams ont déjà été restitués à l’État. En outre, la République d’Arménie détient désormais des participations dans le complexe cuivre-molybdène de Zangezur, dans le projet d’Amulsar, ainsi que dans Viva Armenia. Des milliers d’hectares de terres qui avaient été, de jure ou de facto, acquis illégalement à titre de propriété privée ont été restitués aux collectivités et au Gouvernement, notamment à la suite de négociations. Sans même parler du fait que, selon les résultats de 2025, les recettes du budget de l’État de la République d’Arménie ont plus que doublé par rapport à 2017. Outre la croissance économique, la réduction de l’économie informelle joue un rôle considérable dans cette progression : avant la Révolution, les sommes considérables générées dans ce secteur, au lieu d’alimenter le budget de l’État, aboutissaient dans les poches de personnes que nous connaissons tous.
Le programme d’activité du Gouvernement pour les années 2026-2031 fixe l’objectif de restituer à l’État, d’ici à 2031, des biens d’une valeur d’environ 2 milliards de dollars d’origine illicite. Les processus en cours autour d’Electric Networks of Armenia (ENA), d’« Ararat Cement » et du téléphérique de Tsaghkadzor permettent de penser que cet objectif finira par être atteint et que ce processus couvrira un éventail plus large de biens d’origine illicite. Ce processus est d’ailleurs important non seulement pour remédier aux conséquences de la corruption de la période précédente, mais aussi pour prévenir la corruption et concrétiser la vision d’un État exempt de corruption. Tout responsable actuellement en fonction, qu’il soit membre du Gouvernement ou député, chef d’une collectivité ou directeur d’un établissement, qui serait confronté à des tentations de corruption et y céderait, doit être certain qu’aucun bien acquis illégalement ne restera en sa possession ou en celle des membres de sa famille.
Ces dernières années, le Gouvernement a déployé des efforts considérables en faveur de la réforme et du développement institutionnel du système judiciaire. Nous pouvons donc espérer que les crimes qui ont détourné l’Arménie de sa trajectoire de développement seront élucidés et que les responsables seront punis et recevront la peine qu’ils méritent. Certaines procédures, notamment les décisions de la Cour européenne des droits de l’homme, permettent également d’espérer que les choses se dérouleront effectivement ainsi. Je tiens à le dire clairement : le principal risque de voir ce processus essentiel échouer est, à mon sens, lié au fonctionnement du système judiciaire. Le système judiciaire arménien demeure dans une large mesure le défenseur des intérêts et des préoccupations des élites, et principalement des anciennes élites. Cela ne s’explique pas uniquement par le fait que les liens familiaux avec les anciennes élites continuent d’être largement présents au sein du système judiciaire ; il existe également un problème institutionnel. Le système judiciaire arménien est organisé selon une logique de caste et n’entretient pas de lien organique suffisamment solide avec l’unique source et détenteur du pouvoir : le peuple.
En Arménie, l’unique source du pouvoir est le peuple. Pourtant, il existe des mécanismes de formation du pouvoir judiciaire qui sont tellement éloignés du peuple qu’ils n’ont, en réalité, aucun lien avec lui. La procédure selon laquelle les juges élisent les membres du Conseil supérieur de la magistrature soulève notamment des questions, car une question simple se pose : de qui découle le pouvoir dont disposent les juges pour élire des hauts responsables ? En Arménie, tout pouvoir ne peut émaner que du peuple, et tout pouvoir qui n’en émane pas soulève, à tout le moins, des interrogations. Ce mécanisme singulier, dont je viens de parler, est toujours en vigueur pour une raison simple : il bénéficie d’une protection constitutionnelle. Dans le système judiciaire également, il n’existe qu’une seule voie pour établir une pleine légitimité du pouvoir : l’adoption d’une nouvelle Constitution, qui devra notamment régler la question de l’instauration de l’institution des jurés. À la suite de ces changements, les possibilités pour les cercles corrompus d’échapper à la justice et à l’administration de la justice seront considérablement réduites, voire, pour ainsi dire, quasiment éliminées. C’est la raison pour laquelle ces mêmes cercles ne ménagent ni leurs efforts ni leur énergie pour diaboliser l’agenda de l’adoption d’une nouvelle Constitution et le présenter comme un agenda étranger, ou plus précisément comme un agenda azerbaïdjanais.
Je voudrais tout d’abord constater que l’agenda de l’adoption d’une nouvelle Constitution est un agenda purement arménien, non seulement parce que nous avons adopté cet agenda dès février 2020 et l’avons annoncé, mais aussi aujourd’hui. Les citoyens de la République d’Arménie, en votant en faveur du parti « Contrat civil », ont également voté en faveur de cet agenda, car l’adoption d’une nouvelle Constitution constitue l’une des dispositions importantes du programme électoral du parti « Contrat civil ». Cela s’explique par le fait que le peuple arménien a le droit de disposer enfin d’une Constitution adoptée à l’issue de l’expression légitime et libre de sa volonté, et de définir, par l’expression libre de sa volonté, l’ordre juridique et les règles de vie qu’il souhaite pour lui-même. D’autre part, il est impossible de nier que l’Azerbaïdjan soulève très activement la question des réformes constitutionnelles et va même jusqu’à l’instrumentaliser, et c’est un fait bien connu.
Mais si cela signifie que la question d’une nouvelle Constitution constitue un agenda azerbaïdjanais, comme l’affirment certains milieux de l’opposition, revenons en arrière et examinons l’histoire de la Troisième République. Selon cette même logique, depuis 1994, seul l’Azerbaïdjan aurait constamment soulevé la question du retour des sept districts, ce qui signifierait qu’aucune initiative n’aurait été prise à cet égard en Arménie. Et, comme l’attestent les documents publiés relatifs aux négociations sur le règlement de la question du Karabakh, toutes les anciennes autorités arméniennes, c’est-à-dire les responsables politiques, dirigeants, défenseurs ou représentants des deux groupes parlementaires d’opposition actuels, ont mené des négociations actives sur cette question. Alors, pourquoi ont-ils négocié ? Pourquoi ont-ils maintenu l’Arménie pendant 24 ans dans l’agenda azerbaïdjanais ? Pourquoi se sont-ils guidés sur l’agenda azerbaïdjanais ? Était-ce parce qu’ils étaient dirigés par l’Azerbaïdjan ou qu’ils en étaient les représentants ? D’autant plus qu’une partie d’entre eux sont nés et ont grandi en Azerbaïdjan. Je formule ces considérations afin de montrer à quelles conclusions absurdes peut conduire la logique de certains de nos opposants.
En ce qui concerne le texte de la nouvelle Constitution, nous le publierons dans les mois à venir et, comme je l’ai déjà indiqué, la nouvelle Constitution ne devra pas faire référence à la Déclaration d’indépendance de 1990. Pourquoi ? Pour une raison simple : nous avons déclaré la nécessité et pris la décision de ne pas poursuivre le mouvement du Karabakh et d’y mettre fin, et le peuple a confirmé cette décision. Faire référence à la Déclaration d’indépendance dans la nouvelle Constitution signifierait poursuivre le mouvement du Karabakh, ce qui reviendrait à revenir à la logique du conflit. Or, nous ne pouvons pas faire cela, d’autant plus qu’à l’issue des élections nationales de 2026, notre peuple a voté en faveur de la paix et que l’agenda de la paix est désormais devenu un agenda national.
À cet égard, la préservation, la consolidation et l’institutionnalisation de la paix établie avec l’Azerbaïdjan constituent une priorité absolue pour le Gouvernement. Parmi les principales tâches à venir dans cette direction figure la mise en œuvre sur le terrain du projet TRIPP, qui découle du projet gouvernemental « Carrefour de la paix » et constitue l’un des principaux résultats pratiques du sommet de la paix de Washington du 8 août 2025. Le projet TRIPP, qui sera mis en œuvre sur le territoire de la République d’Arménie et sur la base des principes d’intégrité territoriale, de souveraineté et de juridiction de la République d’Arménie, mettra fin au blocus de l’Arménie. Le blocus de l’Arménie est d’ailleurs déjà partiellement levé, puisque depuis novembre 2025, le chemin de fer azerbaïdjanais, via le territoire de la Géorgie, est ouvert aux importations vers l’Arménie et aux exportations depuis l’Arménie. Par ailleurs, comme vous le savez, la ligne ferroviaire Akhalkalaki-Kars a été ouverte en mai aux exportations depuis l’Arménie et aux importations à destination de l’Arménie. Désormais, les routes de Turquie s’ouvrent également, via le territoire de la Géorgie, aux véhicules arméniens. Le projet TRIPP ne se contentera toutefois pas d’ouvrir une liaison ferroviaire directe entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, notamment une liaison, à travers le territoire arménien, entre les régions occidentales de l’Azerbaïdjan et la République autonome du Nakhitchevan, ainsi qu’une liaison ferroviaire entre les régions du nord de l’Arménie et la région de Syunik, via le territoire du Nakhitchevan ; il permettra également d’intégrer l’Arménie au réseau ferroviaire international.
Je tiens à souligner que la mise en œuvre du projet permettra également d’établir une liaison ferroviaire entre le golfe Persique et la mer Noire, à travers les territoires de l’Iran, du Nakhitchevan, de l’Arménie et de la Géorgie, ce qui constituera un changement historique pour l’Iran, l’Azerbaïdjan, l’Arménie et la Géorgie. L’Arménie disposera ainsi d’une liaison ferroviaire avec la République islamique d’Iran. J’attire votre attention sur le fait que la liaison ferroviaire entre le golfe Persique et la mer Noire n’a pas de lien direct avec le TRIPP, c’est-à-dire qu’elle ne fait pas partie de ce projet. Sa réouverture constituera l’un des importants effets connexes du désenclavement régional.En ce qui concerne les infrastructures ferroviaires du TRIPP proprement dit, il est évident qu’elles passeront par l’itinéraire Nrnadzor-Agarak, le long de la frontière sud de l’Arménie, sur la rive de l’Araxe, suivant le tracé de la voie ferrée qui existait à l’époque soviétique et que nous connaissons tous.Cette voie ferrée reliera l’Arménie, à travers le territoire de l’Azerbaïdjan, à la Russie et à l’Asie centrale et, de toute évidence, d’importants volumes de marchandises seront transportés par cette voie, notamment d’est en ouest. Ces marchandises passeront inévitablement par le TRIP, par la ligne ferroviaire Nrnadzor-Agarak.
Il est évident que les marchandises entreront au Nakhitchevan depuis Agarak, et c’est là qu’une situation se présente pour nous, dont la gestion revêt une importance considérable pour l’Arménie. Cette situation est la suivante : à l’époque soviétique, la voie ferrée venant du Nakhitchevan entrait en Arménie par la localité de Yeraskh, dans la région d’Ararat, et se poursuivait jusqu’à la localité d’Akhurik, dans la région de Shirak, avant d’entrer en Turquie. Or, nous constatons aujourd’hui que les investisseurs internationaux, encouragés par le projet TRIPP et ayant un grand intérêt à investir, cherchent des moyens de contourner le tronçon ferroviaire Yeraskh-Akhurik.Ils cherchent à mettre en place un schéma permettant, après l’entrée des marchandises au Nakhitchevan par la ligne ferroviaire Nrnadzor-Agarak, de poursuivre leur acheminement vers l’ouest non pas par le réseau ferroviaire arménien, mais en contournant celui-ci. Cela constitue un problème majeur pour nous, car dans un tel scénario, l’Arménie perdrait d’importantes recettes, des investissements, des emplois potentiels et des possibilités de développement. Pourquoi les investisseurs, les transporteurs de marchandises, les vendeurs et les acheteurs de marchandises souhaitent-ils éviter la liaison ferroviaire Yeraskh-Akhurik ? Pour une raison simple : bien que ce tronçon ferroviaire soit la pleine propriété de l’Arménie, il est placé sous la gestion des Chemins de fer russes. Les relations complexes entre la Russie et l’Occident ainsi que les sanctions imposées à la Russie poussent les investisseurs internationaux, les transporteurs de marchandises et les acteurs du commerce à éviter cette infrastructure, à la considérer comme présentant un risque et à ne pas vouloir prendre ce risque. Autrement dit, ils considèrent que le fait d’utiliser de telles infrastructures comporte un risque, d’autant plus que, si l’on tient compte du fait que les principaux clients du transport de marchandises via le TRIPP seront les pays qui ont imposé des sanctions à la Russie, cette question revêt une importance particulière.
Il est évident que l’Arménie n’a aucun lien ni aucune influence en ce qui concerne les sanctions imposées à la Russie. Il est également évident que nous n’avons aucun problème avec le fait que le chemin de fer arménien soit placé sous la gestion des Chemins de fer russes. Cela n’a jamais constitué un problème pour nous et nous ne nous sommes jamais penchés sur cette question. Je tiens une nouvelle fois à souligner que le chemin de fer est la propriété de l’Arménie et qu’il est simplement placé sous la gestion des Chemins de fer russes, et que nous n’avons aucun problème avec cette situation. Nous avons le plus grand respect pour la Fédération de Russie et ses intérêts, mais le fait que le chemin de fer arménien soit placé sous une gestion russe nous expose aujourd’hui au risque de perdre cette possibilité historique d’intégrer l’Arménie au réseau ferroviaire international.
Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre cette possibilité historique. C’est pourquoi nous demandons à nos partenaires de la Fédération de Russie de faire preuve de souplesse et de céder le droit de concession à un pays tiers acceptable pour l’Arménie et la Russie, je le répète, à un pays tiers acceptable pour l’Arménie et la Russie. Je tiens également à attirer votre attention sur le fait que, dans ces circonstances, les travaux de construction du chemin de fer Kars-Dilucu, c’est-à-dire de la ligne ferroviaire reliant Kars au Nakhitchevan, sur le territoire de la Turquie, se sont intensifiés. Il est évident que nous ne pouvons ni interdire ni entraver la construction de cette voie ferrée et que nous devons faire face au fait que la ligne ferroviaire Yeraskh-Akhurik devra être en concurrence avec la ligne Dilucu-Kars. C’est pourquoi nous devons, dans les meilleurs délais, mettre la ligne Yeraskh-Akhurik en mesure d’être compétitive et, par la suite, garantir un niveau élevé de qualité des services ferroviaires ainsi que des tarifs compétitifs.
C’est précisément la prise de conscience de l’importance de tout ce qui précède qui a conduit à la formulation suivante dans le projet de programme actuellement examiné par le Gouvernement, que vous pouvez trouver dans la quatrième section du programme. Je cite : « Le système de gestion agréé du chemin de fer sera réexaminé de manière à ne pas entraver la réalisation de cette possibilité historique d’intégrer la République d’Arménie au système international de transport qui s’est présentée. » Nous poursuivrons notre travail dans cette direction et, une nouvelle fois, je demande à nos partenaires russes de parvenir dans les meilleurs délais à une solution amiable à cette question.
Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre cette possibilité historique. C’est précisément la prise de conscience de l’importance de tout ce qui précède qui a conduit à la formulation suivante dans le projet de programme actuellement examiné par le Gouvernement, que vous pouvez trouver dans la quatrième section du programme. Je cite : « Le système de gestion agréé du chemin de fer sera réexaminé de manière à ne pas entraver la réalisation de cette possibilité historique d’intégrer la République d’Arménie au système international de transport qui s’est présentée. » Nous poursuivrons notre travail dans cette direction et, une nouvelle fois, je demande à nos partenaires russes de parvenir dans les meilleurs délais à une solution amiable à cette question.
Pour revenir au projet TRIPP, je tiens à souligner qu’il comprendra non seulement une ligne ferroviaire, mais également des pipelines, des routes, des câbles et des lignes de transport d’électricité. Il est fort probable que les lignes de transport d’électricité constituent la première infrastructure mise en service dans le cadre du TRIPP, car, d’une part, leur réalisation est techniquement relativement facile à achever rapidement et, d’autre part, la demande croissante d’électricité dans le monde incite à accorder une plus grande attention aux projets d’exportation d’électricité depuis la région.
À l’heure actuelle, l’accord-cadre sur la coopération stratégique entre l’Arménie et les États-Unis concernant le projet TRIPP est en cours de ratification. Les travaux relatifs à la création de la société TRIPP Development Company sont en phase finale. Je vous rappelle que l’Arménie détiendra 26 % des parts de cette société, tandis que les États-Unis d’Amérique en détiendront 74 %. Cette formule s’appliquera pendant au moins 49 ans et, à l’issue de cette période, en cas de prolongation d’un commun accord entre les parties, pour une nouvelle période de 50 ans. Dans ce cas, la participation de l’Arménie passera à 49 % et celle des États-Unis d’Amérique à 51 %, sans aucun investissement financier ou autre investissement supplémentaire de la part de l’Arménie.
Comme je l’ai indiqué, le projet sera mis en œuvre dans le cadre de l’intégrité territoriale, de la souveraineté et de la juridiction de la République d’Arménie. Je tiens tout particulièrement à souligner que le TRIPP n’implique aucune présence militaire et/ou armée étrangère. Je tiens également à souligner qu’avant le TRIPP, nous n’avions jamais eu de projet ou de perspective à l’horizon de 100 ans. C’est un élément très important. Nous n’avons jamais eu de programme ou de projet ouvrant devant nous une perspective à 100 ans, qui plus est avec la première superpuissance mondiale. Il s’agit d’une possibilité historique tant pour l’Arménie que pour la région. La mise en œuvre du projet TRIPP changera la situation et l’atmosphère dans notre région, en faisant de la paix un facteur avantageux pour les pays de la région non seulement sur les plans socio-psychologique et politique, au sens du terme, mais également sur les plans financier et économique. Il s’agit d’une garantie très importante de stabilité et de paix dans le monde instable d’aujourd’hui, et il est difficile d’imaginer, à notre époque, une garantie plus fiable.
En ce qui concerne la signature de l’accord de paix paraphé le 8 août 2025 à Washington avec l’Azerbaïdjan, cette question demeure parmi les priorités de notre agenda, et nous continuerons à travailler avec l’Azerbaïdjan dans cette direction. Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, la libération de nos compatriotes détenus en Azerbaïdjan et leur retour en Arménie n’ont jamais été retirés de notre agenda de travail et ne le seront pas jusqu’à la résolution de cette question.
En ce qui concerne la signature de l’accord de paix paraphé le 8 août 2025 à Washington avec l’Azerbaïdjan, cette question demeure parmi les priorités de notre agenda, et nous continuerons à travailler avec l’Azerbaïdjan dans cette direction. Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, la libération de nos compatriotes détenus en Azerbaïdjan et leur retour en Arménie n’ont jamais été retirés de notre agenda de travail et ne le seront pas jusqu’à la résolution de cette question.
Bien entendu, les travaux de délimitation de la frontière entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan se poursuivront. Je suis convaincu que, parallèlement aux importations en provenance d’Azerbaïdjan vers l’Arménie, les exportations de l’Arménie vers l’Azerbaïdjan commenceront bientôt. L’établissement et le développement des relations commerciales et économiques avec l’Azerbaïdjan renforcent, bien entendu, de manière substantielle la paix établie. Et nous encouragerons nos opérateurs économiques à travailler dans cette direction.
Au-delà de l’établissement et de l’approfondissement des relations commerciales et économiques, de la délimitation de la frontière, de la coopération sur les questions relatives aux prisonniers de guerre et aux personnes disparues, du désenclavement, et même de la signature de l’accord de paix, l’aspect socio-psychologique des relations entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan revêt une importance majeure. Pour que la paix établie devienne durable, il est essentiel d’instaurer la paix également au niveau socio-psychologique. Qu’est-ce que cela signifie ? Cela signifie une seule chose : nous comme l’Azerbaïdjan devons reconnaître et accepter le fait que le territoire de l’Arménie indépendante est identique à celui de l’Arménie soviétique, et que le territoire de l’Azerbaïdjan indépendant est identique à celui de l’Azerbaïdjan soviétique, ni plus ni moins.
Dans le message que j’ai adressé à l’occasion du premier anniversaire du 8 août, j’ai également indiqué que, pour rendre la paix irréversible et durable, il est nécessaire, en Arménie, de ne plus poursuivre les discours sur le retour des Arméniens du Haut-Karabakh et sur le droit au retour des réfugiés arméniens en provenance d’Azerbaïdjan, et, en Azerbaïdjan, de ne plus poursuivre les discours sur le droit au retour de « l’Azerbaïdjan occidental » et des « Azerbaïdjanais occidentaux », et d’y mettre fin. Il s’agit d’une question qui doit être abordée tant en Arménie qu’en Azerbaïdjan, dans l’intérêt du droit de nos générations à vivre en paix et en coexistence pacifique.
C’est la paix et la coexistence pacifique entre les peuples de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan qui constituent le droit que nous devons aujourd’hui concrétiser et défendre, et nous devons être capables de surmonter tout discours et toute action qui y sont contraires. Nous devons cesser de chercher l’Arménie en Azerbaïdjan, et l’Azerbaïdjan doit cesser de chercher l’Azerbaïdjan en Arménie. Je n’ai pas oublié, loin de là, avoir dit : « L’Artsakh est l’Arménie, un point c’est tout. » Mais après être revenu des dizaines de fois sur cette question ces dernières années, je voudrais, une fois pour toutes, résumer les choses ainsi : c’est le dévouement sans réserve au mouvement du Karabakh, qui a constitué, à proprement parler, la généalogie politique de pratiquement tous les acteurs politiques des générations arméniennes plus âgées et intermédiaires, ainsi qu’à l’idée de considérer le Karabakh comme faisant partie de l’Arménie, qui a donné à mes collègues et à moi-même le courage d’aller de l’avant, de lever le rideau et de voir ce qui se trouvait derrière le mouvement du Karabakh.
Pendant 35 ans, l’Arménie n’a rien épargné pour le Karabakh, absolument rien. Notre Gouvernement n’a rien épargné pour le Karabakh. Par rapport à la même période précédant nos années de gouvernement, nous avons consacré plus d’un milliard de dollars au financement du Karabakh. Il s’agit du montant supplémentaire calculé par rapport à la même période précédente. Et, finalement, nous avons eu le courage de lever le rideau et de voir que le mouvement du Karabakh n’était rien d’autre qu’un projet visant à réduire à néant l’État arménien et son avenir, et nous avons, avec le mandat que nous a donné le peuple, mis fin à ce projet, ouvrant ainsi des possibilités illimitées pour la pérennité de l’État arménien.
Que nous saisissions ou non cette possibilité est une autre question. Et c’est ici que je veux souligner ceci : nous ne devons chercher l’Arménie ni en Azerbaïdjan, ni en Turquie, ni en Iran, ni en Géorgie, pour deux raisons fondamentales et rationnelles. Premièrement, lorsque nous cherchons l’Arménie en dehors de la République d’Arménie, nous perdons de vue et de notre attention la République d’Arménie elle-même, ses besoins et ses intérêts, ainsi que notre responsabilité et notre obligation de veiller sur elle. Deuxièmement, et c’est une raison tout aussi importante, lorsque nous cherchons notre patrie sur les territoires internationalement reconnus de nos quatre voisins, nous ouvrons la porte par laquelle ceux-ci cherchent à leur tour leur patrie sur les territoires internationalement reconnus de la République d’Arménie. Et il en résulte que nous cherchons dans quatre endroits, tandis qu’eux, tous les quatre, cherchent en un seul endroit : dans notre pays, dans notre État, dans notre patrie, et nous nous retrouvons dans une situation où nous sommes un contre quatre. Nous nous retrouvons, je vous prie d’y prêter attention, dans une situation où nous sommes un contre quatre. Et lorsque nous nous retrouvons dans une situation où nous sommes un contre quatre, nous comprenons inévitablement que nous ne pouvons pas vivre dans un tel voisinage sans aide extérieure. Et celui qui vient nous aider à pouvoir vivre dans notre voisinage se révèle lui-même à la recherche de sa patrie ici, et va même jusqu’à s’offusquer que nous prenions au sérieux notre propre existence, notre État et notre indépendance, que nous les prenions au sérieux et que nous ne comprenions pas que nous ne sommes, en réalité, qu’un gardien provisoire, un dépositaire temporaire et un instrument de la restauration de la justice historique, de sa justice historique.
C’est dans le cadre de cette psychologie sociale, dans le cours de cette logique historique, que le peuple arménien a été soumis à des massacres et au génocide, sans même comprendre pourquoi, pourquoi cela nous arrivait. Et « L’Artsakh est l’Arménie, un point c’est tout » a servi à cette fin : ouvrir enfin le rideau de notre histoire, pénétrer dans les coulisses de notre histoire et de notre réalité et voir ce qui s’y passe ; entendre enfin le message de l’Arménie historique qui nous dit : « Ne suivez pas ma voie, ne faites pas d’une nouvelle Arménie une Arménie historique » ; entendre les messages de notre histoire qui nous disent : « Ne me répétez pas ». Et « L’Artsakh est l’Arménie, un point c’est tout » est le tournant qui devait conduire à un changement du cours de notre histoire. Nous devions sortir de l’impasse de l’histoire et nous retrouver au carrefour de l’avenir. Et nous nous sommes aujourd’hui retrouvés au carrefour de l’avenir : l’avenir, c’est aujourd’hui, et le carrefour est ici, en République d’Arménie.
Mais ce n’est pas la fin de ce chemin. C’est précisément là la particularité de ce nouveau chemin : il n’a pas et n’aura pas de fin. C’est la logique historique précédente, dans laquelle nous nous sommes trouvés jusqu’en 2024, qui a une fin. Cette nouvelle histoire, elle, n’a pas de fin, à moins que nous ne nous conduisions nous-mêmes vers une impasse. Et le rassemblement du peuple de la République d’Arménie autour de l’idéologie de l’Arménie réelle nous donne des raisons d’être convaincus que nous n’entrerons plus dans une impasse.
Monsieur le Président de l’Assemblée nationale,
Mesdames et Messieurs les Vice-Présidents,
Mesdames et Messieurs les Députés,
Mesdames et Messieurs les membres du Gouvernement,
Cher peuple,
La politique étrangère fondée sur l’équilibre et visant à maintenir cet équilibre est devenue l’un des instruments essentiels qui ont permis de stabiliser l’environnement extérieur de la République d’Arménie.
Le Gouvernement poursuivra non seulement sa politique étrangère fondée sur l’équilibre et visant à maintenir cet équilibre, mais l’adopte également comme stratégie de politique étrangère, dont l’objectif essentiel est de ne pas permettre de déséquilibres dans les relations extérieures ou de disposer des instruments permettant de rééquilibrer les déséquilibres qui pourraient survenir. La régionalisation joue un rôle essentiel dans cette politique étrangère fondée sur l’équilibre et visant à maintenir cet équilibre. Son objectif est de rendre, pour la République d’Arménie, non seulement possible, mais également confortable, le fait de vivre dans son propre environnement sans aide extérieure. Dans ce sens, la poursuite du développement des relations avec la Géorgie, la République islamique d’Iran, la République de Turquie et la République d’Azerbaïdjan revêt une importance particulière.
En ce qui concerne notre politique extrarégionale, nos relations avec les États-Unis sont d’ores et déjà en progression. Le mémorandum sur le partenariat stratégique entre la République d’Arménie et les États-Unis d’Amérique n’a été signé qu’en janvier 2025, et voyez les développements qui sont intervenus depuis. Je me souviens qu’en septembre de l’année dernière, il y a exactement un an, dans cette salle, j’avais dû « me justifier » du fait que, le 8 août, j’avais signé avec le président Trump un simple mémorandum d’intention sur un partenariat d’innovation dans les domaines de l’intelligence artificielle et des semi-conducteurs, un document qui, selon les affirmations de certains députés de l’opposition présents aujourd’hui dans cette salle, ne disait rien et ne signifiait rien. Un an après la signature de ce « document qui ne disait rien », trois centres de supercalcul ont été ouverts en Arménie, dont l’un à l’Université d’État d’Erevan, tandis que les deux autres sont des usines d’intelligence artificielle. Et les projets de coopération entre l’Arménie, les États-Unis et les investisseurs privés dans ce domaine sont tels que nous serons peut-être contraints de revoir une nouvelle fois notre stratégie énergétique, car les projets d’investissement qui se dessinent dans le domaine de l’intelligence artificielle vont accroître la demande énergétique à un rythme considérable. Nos relations avec les États-Unis d’Amérique reposent désormais sur la Charte du partenariat stratégique global, qui a été signée tout récemment, et il s’agit du point culminant des relations entre nos deux pays.
Au cours des dernières années, nous avons établi des relations stratégiques avec la Géorgie, la France, la Chine, les Pays-Bas, le Kazakhstan, l’Allemagne, le Luxembourg, le Royaume-Uni, la Bulgarie, la Croatie et la Lituanie. Nos relations avec la France deviennent progressivement plus multidimensionnelles et plus diversifiées, et nous coopérons désormais dans des domaines dans lesquels nous n’avions jamais coopéré auparavant. L’agenda stratégique de notre partenariat avec l’Union européenne est mis en œuvre à un rythme visible. La loi adoptée l’année dernière par l’Assemblée nationale sur le lancement du processus d’adhésion de la République d’Arménie à l’Union européenne a donné un nouvel élan à ce processus. En mai 2026, le huitième sommet de la Communauté politique européenne s’est tenu à Erevan, suivi du premier sommet Arménie-UE. L’Arménie est aujourd’hui le seul pays avec lequel l’Union européenne mène des négociations actives sur la libéralisation du régime des visas, et nous avons l’intention de parvenir à la libéralisation du régime des visas avec l’Union européenne au cours de l’année 2029.
Mesdames et Messieurs,
Cher peuple,
Je ne révélerai aucun secret en disant que le rapprochement de nos relations avec l’Union européenne a suscité certaines inquiétudes au sein de la Fédération de Russie. À mon avis, le développement de nos relations avec l’Union européenne a en réalité fourni l’occasion à ces inquiétudes de se manifester, mais n’en constitue pas la cause profonde. La cause fondamentale des préoccupations apparues en Russie réside dans la transformation qui s’est amorcée dans les relations entre l’Arménie et la Russie. De plus, cette transformation n’est pas le fruit du caprice de qui que ce soit, mais constitue, dans une large mesure, un processus naturel. Les relations entre l’Arménie et la Russie dans un contexte de conflit sont une chose, et elles sont tout à fait différentes dans un contexte où la paix est établie entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, où il n’existe absolument aucune tension dans les relations entre l’Arménie et la Turquie et où les perspectives sont positives.
En raison de circonstances historiques objectives et subjectives, la perception de nos relations avec la Russie a essentiellement été militaire et sécuritaire. Depuis déjà deux siècles, les relations arméno-russes se sont construites sur l’idée et la compréhension que la Russie est le garant de la sécurité du peuple arménien et, par conséquent, de la République d’Arménie. Je n’ai jamais mis en doute l’attachement de la Russie à l’accomplissement de cette fonction, mais les événements de 2021, 2022 et 2023 ont montré qu’en raison de ses propres problèmes de sécurité, la Fédération de Russie peut parfois être confrontée à des contraintes importantes dans l’exercice de ce rôle. Nous l’avons vu en septembre 2022, nous l’avons vu en septembre 2023. Et c’est précisément à ce moment-là que nous avons de nouveau été confrontés au fait douloureux que nous n’avions pas tiré les leçons de notre histoire.
En définitive, à partir du milieu du XIXe siècle, les massacres perpétrés contre les Arméniens dans l’Empire ottoman se sont intensifiés du fait que nous avions d’abord décidé de régler nos problèmes par l’intermédiaire de garants internationaux, puis que nous avions fondé toute notre activité sur cette logique, en accordant également foi aux facteurs de puissance. Il fut même un temps où il nous semblait, du moins c’est ainsi que nous le percevions, que les grandes puissances du monde, notamment la Russie, conquéraient des territoires pour nous. Cette perception ne faisait qu’épaissir l’hostilité qui se formait autour de nous. Autrement dit, plus nous nous réjouissions des succès de la Russie pendant la Première Guerre mondiale et auparavant, plus un climat d’hostilité se formait autour de nous. Et lorsque la Russie, en raison de ses problèmes internes et d’autres facteurs, fut contrainte de se retirer de la région, nous nous sommes retrouvés seuls face à un environnement qui nous considérait comme son ennemi et que nous considérions nous-mêmes comme hostile. Et c’est dans ces conditions que les massacres devinrent des tueries, et les tueries un génocide.
Nous n’avons ainsi pas appris la leçon de l’histoire, même au XXIe siècle, jusqu’à ce que la réalité nous enseigne finalement cette leçon, telle un professeur à la manière de Tertodikian, et que nous nous reconnaissions enfin dans le rôle du personnage d’une célèbre expression. Et cette expression est la suivante : « Le plus grand malheur de l’homme, il est ici question de l’homme des XXe et XXIe siècles est de ne pas savoir à quel point il est heureux. »
Et nous, qui n’avions toujours pas interrompu notre exode commencé au XIXe siècle, même après avoir acquis un État en 1991, nous qui, même dans les conditions de l’existence d’un État, continuions à poursuivre notre quête de la patrie promise, ce n’est qu’au dernier moment, avant d’être recalés à l’examen de l’histoire, que nous avons compris qu’il n’était pas nécessaire de rêver à une justice historique, qu’il n’était pas nécessaire de vivre dans les aspirations nationales, qu’il n’était pas nécessaire de rêver à une patrie, car nos rêves et nos aspirations se sont réalisés, et que la République d’Arménie est la patrie de nos rêves, la République d’Arménie est la patrie de nos rêves.
Nous avons compris avec beaucoup de difficulté que la patrie, c’est l’État, qu’il n’existe pas d’autre patrie en dehors de l’État, et nous avons décidé de reconnaître cette patrie, nous avons décidé de reconnaître la République d’Arménie et son intégrité territoriale. C’est sur cette base qu’il a été possible d’établir la paix, d’ouvrir les portes de l’avenir et d’entrer dans l’avenir par ces portes.
Nous avons décidé que la reconnaissance internationale du génocide des Arméniens ne ferait pas partie de notre agenda de politique étrangère et, alors même que nous formulions des phrases pour expliquer à notre société pourquoi, les événements eux-mêmes ont apporté une explication éloquente, lorsque, tout récemment, le Gouvernement israélien a engagé avec la plus grande fermeté le processus de reconnaissance du génocide des Arméniens, avant de l’interrompre avec la même détermination. Ce fut également un événement important qui a ouvert le rideau, et nous avons tous vu, ou avons été contraints de voir, ce qui se passe derrière celui-ci.
Nous avons compris, non sans difficulté, que la patrie, c’est l’État, qu’il n’existe pas d’autre patrie en dehors de l’État, et nous avons décidé de reconnaître cette patrie, nous avons décidé de reconnaître la République d’Arménie et son intégrité territoriale. C’est sur cette base qu’il a été possible d’établir la paix, d’ouvrir les portes de l’avenir et d’entrer dans l’avenir par ces portes. Nous avons décidé que la reconnaissance internationale du génocide des Arméniens ne ferait pas partie de notre agenda de politique étrangère et, alors même que nous formulions des phrases pour expliquer à notre société pourquoi, les événements eux-mêmes ont apporté une explication éloquente : tout récemment, le Gouvernement israélien a engagé avec la plus grande fermeté le processus de reconnaissance du génocide des Arméniens, avant de l’interrompre avec la même détermination. Ce fut également un événement important qui a ouvert le rideau, et nous avons tous vu, ou avons été contraints de voir, ce qui se passe derrière celui-ci.
Les acteurs internationaux, pardonnez-moi cette formulation, se frappent les uns les autres à coups de reliques de nos martyrs, mais c’est notre tête qui nous fait mal. Les acteurs internationaux transforment les ossements de nos martyrs en armes et s’en servent pour se tirer dessus, mais c’est nous qui en sommes les victimes, comme cela s’est produit à la fin du XIXe siècle, au début et à la fin du XXe siècle, et jusqu’à tout récemment.
Nous devons mettre fin à ce processus d’instrumentalisation du génocide des Arméniens comme arme, car même si nous avions la naïveté de penser que cette arme est également entre nos mains, ce sont encore et toujours nous qui avons été victimes de ses tirs, et ce seront encore et toujours nous qui en serons les victimes. Le 24 avril est notre 24 avril, le mémorial de Tsitsernakaberd est notre mémorial de Tsitsernakaberd. Nous devons nous recueillir à Tsitsernakaberd, dans le recueillement, et décider que la République d’Arménie ne doit pas être le tombeau des descendants des victimes des massacres, des déplacements forcés et des génocides de tous les temps, mais une patrie-État où les gens vivent libres, dans la prospérité et en sécurité. Nous ne devons plus rêver d’une autre patrie, car la République d’Arménie est la patrie de nos rêves, et nous sommes heureux d’avoir cette patrie. Notre tâche doit être de développer cette patrie-État et de la transmettre, pérenne, de génération en génération.
Et pour cela, oui, il faut d’abord garantir l’existence et la sécurité de l’État. C’est pourquoi il est nécessaire, avant toute chose, de tirer les leçons de notre histoire ancienne et récente, de comprendre ce qui se passe lorsque nous plaçons nos espoirs en matière de sécurité entre les mains d’autrui. De plus, comme je l’ai montré précédemment, il n’est pas nécessairement vrai que les autres ne tiennent pas leurs promesses de manière délibérée ou malveillante. Cela peut tout simplement se produire en raison de circonstances insurmontables ou d’autres contraintes, comme, à l’époque, les navires anglais ne pouvaient réellement pas escalader les montagnes. Mais nous devons également revoir notre conception de la garantie de notre sécurité, en comprenant qu’il n’est pas possible de faire peser toute la charge de notre sécurité extérieure sur l’armée, encore et toujours sur l’armée, constamment sur l’armée, continuellement sur l’armée. L’armée doit certes être un instrument essentiel de notre sécurité extérieure, mais aussi notre ultime recours, notre réserve de sécurité. Avant d’en arriver à elle, nous devons disposer et mettre en place des couches supplémentaires de sécurité. Et plus ces couches seront nombreuses, plus l’État sera en sécurité.
Quels sont donc les facteurs, les couches de notre nouvelle architecture de sécurité extérieure que nous devons envisager et mettre en place avant l’armée ? Le premier facteur de la sécurité extérieure de la République d’Arménie est la légitimité internationale. La communauté internationale reconnaît l’intégrité territoriale de la République d’Arménie dans les limites du territoire de la République socialiste soviétique d’Arménie, d’une superficie de 29 743 kilomètres carrés. Comme je l’ai déjà indiqué, c’est également ce principe qui est à la base de la paix établie. L’Arménie et l’Azerbaïdjan ont reconnu l’intégrité territoriale et la souveraineté de chacun, en prenant pour base la Déclaration d’Alma-Ata de 1991, en vertu de laquelle les républiques soviétiques qui y ont adhéré sont devenues des États indépendants dans leurs frontières administratives. Disposer d’un territoire incontesté, c’est-à-dire d’un territoire légitime au regard du droit international, ainsi que de positions et d’attentes légitimes dans les relations extérieures, constitue un instrument essentiel pour assurer la sécurité extérieure. Sans constituer une garantie absolue, cela demeure néanmoins une pierre angulaire importante.
L’interconnexion avec le monde constitue le prochain instrument de la sécurité extérieure. Ce facteur permet au pays de devenir une composante suffisamment importante des chaînes d’approvisionnement mondiales et des échanges économiques pour que sa sécurité et sa stabilité deviennent importantes pour de nombreux autres pays, y compris ses voisins, et, inversement, pour que son instabilité soit perçue comme une menace par la région et par la communauté internationale. Le projet « Carrefour de la paix » et le projet TRIPP qui en découle, grâce auxquels des marchandises circuleront à travers le territoire de la République d’Arménie d’est en ouest et du nord au sud, créent de telles possibilités pour notre pays. Et c’est sur cette conception stratégique que nous nous appuyons et continuerons de nous appuyer.
Le prochain instrument important de la sécurité extérieure est la prévisibilité à long terme. À court, moyen et long terme, les autres pays doivent percevoir de moins en moins la République d’Arménie comme une menace. Et l’attachement à l’agenda de la paix doit devenir un élément de la perception à long terme et stratégique de la République d’Arménie par les autres pays. Pour résoudre ce problème, l’importance ne réside pas seulement dans les politiques proclamées, mais aussi dans le contenu et les discours qui prévalent dans les domaines sociopsychologique, éducatif et culturel, ainsi que dans la sphère publique et politique. Une délimitation claire entre l’histoire et l’avenir, ainsi que l’articulation concrète de la réalité présente avec l’avenir plutôt qu’avec le passé, sont essentielles pour assurer la pérennité de la République d’Arménie. La formule « L’avenir, c’est aujourd’hui » sert également cet objectif.
J’ai en réalité déjà parlé de l’instrument de la prévisibilité à long terme dans la partie précédente de mon discours. Pour préciser une nouvelle fois ce point, je dirai que si notre environnement perçoit la République d’Arménie comme un État qui, pour ainsi dire, se développe à l’abri des regards et attend le moment opportun pour restaurer sa patrie historique, il est naturel que les autres cherchent eux aussi le moment opportun pour mettre un terme à cette logique et, en définitive, pour mettre fin à cette menace. Pour s’attaquer à ce problème à sa racine, la condition, même si elle n’est pas suffisante, mais néanmoins nécessaire, est d’ancrer l’idéologie de l’Arménie réelle en tant que stratégie de la République d’Arménie. Cette formule doit être organiquement intégrée à une perception sous-estimée dans notre société, selon laquelle la paix est la seule garantie effective et fiable de la sécurité. Il n’existe tout simplement pas de garantie plus fiable.
Et par conséquent, travailler chaque jour à la paix, œuvrer à la consolidation de la paix et prendre soin de la paix constituent l’une des tâches les plus importantes dans le domaine de la sécurité. Il faut également comprendre qu’il n’y a rien de plus facile que de faire s’effondrer la paix. Surtout aujourd’hui, faire s’effondrer la paix ne demande aucun effort particulier. Il est facile de détruire la paix, cela ne présente absolument aucune difficulté. En revanche, consolider la paix et prendre soin de la paix exigent des efforts considérables, voire des efforts dramatiques. Par « efforts dramatiques », nous entendons que nous devons sortir de nos zones de confort. Cela exige d’être très attentif à ce que l’on dit, à ce que l’on arbore sur soi et aux actes que l’on pose. Par exemple, plusieurs ecclésiastiques soumis aux instructions directes de Ktritch Nersissian, je parle de ce que j’ai moi-même constaté, lancent, au cours des saintes et immortelles liturgies, depuis les autels, des appels à Dieu pour qu’il protège la République d’Artsakh, transformant ainsi l’Église en une institution de propagande de guerre. C’est, en soi, un phénomène très intéressant. Ils lancent ces appels, puis disent : « Et encore, prions le Dieu de la paix ». Autrement dit, lorsque l’on appelle à la guerre, il ne faut pas demander ensuite à Dieu la paix ; il faut assumer la responsabilité de la paix et déployer des efforts pour la préserver.
C’est l’une des raisons pour lesquelles il est nécessaire que le chef de facto de l’Église apostolique arménienne soit appelé à prendre sa retraite, mais ce n’est pas la seule raison. Sur mon instruction, un rapport est en cours d’élaboration sur la profonde crise systémique apparue au sein de l’Église apostolique arménienne, dans lequel sont exposés des dizaines de faits démontrant que Ktritch Nersissian a fait sortir l’Église apostolique arménienne du cadre canonique, avec toutes les conséquences qui en découlent.
Et si vous l’avez remarqué, l’agenda de la réforme de l’Église apostolique arménienne figure également dans le programme d’action du Gouvernement. Pour revenir au thème de la sécurité extérieure, je tiens à souligner tout particulièrement qu’une armée forte et capable d’assurer la défense du pays occupe une place essentielle dans notre vision de l’Arménie réelle. Mais pourquoi insistons-nous autant sur la question de l’armée si la paix est établie et si la paix constitue notre stratégie à long terme ? Pour une raison très simple : même en temps de paix, un État qui ne dispose pas d’une armée forte et capable d’assurer sa défense peut devenir une cible attrayante pour une agression. Et une armée forte et capable d’assurer la défense du pays constitue, en ce sens, oui, un instrument essentiel de la paix.
Le défilé militaire du 28 mai 2026, je pense, a dissipé toutes les spéculations selon lesquelles le Gouvernement, sous l’effet de pressions extérieures, aurait laissé la République d’Arménie sans défense. Les armements et les équipements militaires dont nous disposons aujourd’hui, ainsi que ceux que nous acquérons et produisons actuellement, sont d’un niveau que la République d’Arménie n’avait encore jamais atteint auparavant. Nous avons effectivement créé en Arménie un véritable complexe militaro-industriel, et le Gouvernement continuera de soutenir le développement du complexe militaro-industriel.
Nous entrons toutefois à présent dans une phase importante et décisive. À moyen terme, le complexe militaro-industriel doit devenir financièrement autonome et être de moins en moins dépendant des commandes publiques. Je suis heureux d’annoncer que le volume des contrats d’exportation du complexe militaro-industriel arménien ne cesse d’augmenter et que le ministère de la Défense, auprès d’un certain nombre de producteurs locaux, s’est assuré des fournisseurs fiables.
Aujourd’hui, notre armée se développe de manière dynamique, mais non sans problèmes. Les suicides, les cas de suicide provoqué, les homicides et les décès de nos soldats pour diverses raisons préoccupent profondément le Gouvernement. Nos efforts pour remédier à ces problèmes ne cesseront pas et nous avons d’ores et déjà défini des programmes concrets pour déterminer comment résoudre cette question, tout en comprenant qu’elle est également liée, dans une certaine mesure, à l’évolution de l’environnement extérieur. Je suis convaincu que, lors de la séance de questions-réponses, nous aurons l’occasion d’aborder cette question plus en détail. En abordant ce sujet, je ne peux toutefois manquer de relever un autre élément : une part importante des problèmes qui existent au sein de l’armée n’y prennent pas naissance, mais s’y concentrent et s’y manifestent. Les transformations profondes qui s’opèrent dans les domaines public, sociopolitique, éducatif et culturel constituent donc une partie importante du processus visant à remédier aux problèmes qui se posent au sein de l’armée.
Monsieur le Président de l’Assemblée nationale,
Mesdames et Messieurs les Vice-Présidents de l’Assemblée nationale,
Mesdames et Messieurs les Députés,
Mesdames et Messieurs les membres du Gouvernement,
Cher peuple,
Pour revenir au thème de nos relations avec la Fédération de Russie, je tiens à souligner que notre objectif est d’engager un dialogue en vue d’une coopération mutuellement bénéfique et multisectorielle avec la Russie, ainsi que de la transformation, du développement et de l’approfondissement de nos relations dans les nouvelles conditions créées par l’établissement de la paix dans la région, dans le cadre d’une politique étrangère équilibrée et d’équilibrage. Ce processus n’est pas facile, mais nous poursuivrons cette voie sans attiser les passions. Mais il faut le dire clairement : les restrictions à l’exportation que la Fédération de Russie applique à l’égard de l’Arménie sont encouragées et demandées par l’opposition arménienne, dont certains représentants se sont engagés, auprès de certains cercles russes, à provoquer un changement de pouvoir en Arménie et leur ont assuré que l’application de ces restrictions garantirait leur victoire aux élections du 7 juin. Ces mêmes milieux arméniens assurent désormais à ces mêmes cercles russes que, si les restrictions sont maintenues et renforcées, ils provoqueront à coup sûr un changement de pouvoir par une mobilisation de rue.C’est précisément cela, le plan secret dont parlait l’un des dirigeants des partis de la « troïka de guerre ». Selon ce plan, avec le soutien de leurs parrains, il faudrait imposer des restrictions économiques d’une telle ampleur qu’une crise socio-économique éclate en Arménie, afin que le peuple se soulève contre le Gouvernement sur fond de mécontentement social. Telle est l’essence de ce plan secret.
Bien entendu, ce n’est pas le premier plan de ce genre. Plusieurs plans similaires ont déjà échoué par le passé, et celui-ci échouera lui aussi, car le peuple arménien ne cédera pas sa souveraineté, son indépendance et son État à la mafia, tandis que l’économie arménienne poursuivra son développement dynamique. Les événements des derniers mois montrent à quel point il est important d’appliquer également dans le domaine économique une politique d’équilibrage et une politique étrangère équilibrée, et de développer des relations économiques diversifiées. En revanche, les événements du dernier mois ont montré à quel point la diversification des relations économiques contribue à atténuer les conséquences des crises mondiales.
À la suite de la crise liée à l’approvisionnement en produits pétroliers dans le détroit d’Ormuz et dans la Fédération de Russie, l’Arménie n’a pas été confrontée à une crise de l’essence, car le marché des produits pétroliers, qui était auparavant clairement contrôlé, avait été libéralisé avant la révolution de 2018 et, en 2025, s’y est ajoutée la possibilité d’importer des produits pétroliers depuis l’Azerbaïdjan. Nous avons tous oublié qu’en 2008, les événements survenus en Ossétie, qui n’avaient duré que quelques jours, avaient paralysé le marché de l’essence en Arménie. Aujourd’hui, certes, les évolutions mondiales ont eu une incidence sur les prix, mais la question de la disponibilité des produits ne s’est absolument pas posée, pas même un instant.
Cette logique de diversification doit être appliquée à tous les secteurs de l’économie, dans le domaine des exportations comme dans celui des importations, et nous poursuivrons cette voie, car il est évident qu’une dépendance disproportionnée à l’égard d’un seul marché, indépendamment de l’existence ou non, à un moment donné, de difficultés liées à ce marché, constitue une menace qui peut à tout moment être utilisée pour limiter l’indépendance du pays. C’est précisément un cas pour lequel il existe une formule claire de gestion. L’indépendance consiste à remplacer la dépendance à l’égard de quelques-uns par une dépendance à l’égard de nombreux partenaires, et le marché des produits pétroliers constitue un excellent exemple de l’application de cette formule.
Entre 2024 et 2026, des produits pétroliers ont été importés en République d’Arménie depuis 20 pays différents. Il s’agit d’une véritable diversification, d’une politique d’équilibrage et d’une politique équilibrée, et cette politique doit être étendue à tous les secteurs de l’économie.
Mesdames et Messieurs,
Cher peuple,
J’ai déjà eu l’occasion de dire que les restrictions imposées par la Fédération de Russie aux exportations de produits arméniens sont contraires aux règles de l’Union économique eurasiatique. Il s’agit, à proprement parler, d’une crise pour l’UEE, sur laquelle nous avons déjà commencé à organiser des discussions au sein de l’organisation.
Il convient de prêter une attention particulière à la déclaration conjointe des dirigeants des quatre États membres de l’UEE, en date du 29 mai de cette année, dans laquelle ils déclarent, je cite : « Nous partageons la position selon laquelle il est nécessaire d’organiser, dans les meilleurs délais, un référendum populaire en République d’Arménie sur la question de l’adhésion à l’Union européenne ou du maintien au sein de l’Union économique eurasiatique. » Nous considérons cette déclaration comme un geste amical, que nous apprécions vivement, et je suis convaincu qu’un tel référendum aura nécessairement lieu en Arménie. La question est celle du calendrier, mais celui-ci revêt non seulement une importance organisationnelle, mais aussi une importance de fond.
Comme je l’ai indiqué, en mars 2025, l’Assemblée nationale a adopté la loi sur le lancement du processus d’adhésion de la République d’Arménie à l’Union européenne. Il ressort clairement, tant de son intitulé que de son contenu, que cette loi porte sur le lancement du processus d’adhésion à l’Union européenne. Quant au référendum sur cette question, il ne constitue pas un élément du lancement du processus, mais une étape importante de celui-ci. Autrement dit, un référendum prend tout son sens lorsque le processus engagé a atteint une étape déterminante, permettant d’évaluer le réalisme de cette perspective, de disposer d’une feuille de route précisant la manière dont nous allons avancer et de déterminer dans quelle mesure il est réaliste de mener, dans les délais envisagés, les réformes nécessaires à l’adhésion à l’Union européenne.
Il est important de disposer d’éléments de réponse à ces questions, non seulement sur le plan procédural, mais aussi, au moins dans leurs grandes lignes, afin de pouvoir répondre aux questions que le peuple sera appelé à trancher lors du référendum. Or, pour pouvoir travailler sur les réponses à ces questions, l’Arménie doit d’abord présenter officiellement sa demande d’adhésion à l’Union européenne. Il s’agit également d’un processus qui nécessite un travail considérable et, dans un avenir proche, nous commencerons peut-être à engager cette démarche, notamment en tenant compte des appels de nos partenaires de l’UEE. Il y a également une composante économique : les premiers pas sont engagés pour permettre à l’Arménie d’accéder au marché de l’Union européenne, et notre peuple doit également disposer du temps nécessaire pour en mesurer et en comprendre les effets potentiels.
Pour ma part, je considère que nous organiserons le référendum sur l’adhésion après avoir officiellement saisi l’Union européenne de notre demande d’adhésion, reçu une réponse appropriée et disposé d’une feuille de route concernant le processus.
Mais je souhaite également profiter de cette occasion pour expliquer pourquoi nous avons adopté une politique étrangère équilibrée et de rééquilibrage, et pourquoi nous parlons de l’agenda de l’adhésion à l’Union européenne alors même qu’aujourd’hui nous n’avons pas encore les réponses à de nombreuses questions. Pour une raison simple : la situation dans laquelle la République d’Arménie n’aurait aucune voie à suivre, aucune alternative, constitue une menace pour notre État, notre indépendance et notre souveraineté. Nous créons et continuerons de créer des alternatives pour la République d’Arménie et pour son peuple. Disposer d’alternatives est pour nous une question de sécurité nationale, car ne pas avoir d’alternative revient à donner à quelqu’un la possibilité de nous imposer n’importe quoi.
Au cours de cette période, nous avons créé de nombreuses alternatives, notamment en matière d’acquisition d’armements et d’équipements militaires. Si nous étions restés sans alternatives, notre armée ne disposerait pas des armements et des équipements dont elle dispose aujourd’hui. À l’inverse, nous subissons aujourd’hui les conséquences du fait qu’aucune alternative n’avait été mise en place pour l’exportation des roses produites en Arménie. Si une telle alternative avait existé, nous nous serions prémunis contre le problème actuel, tout comme nous nous étions prémunis contre le problème lié à l’essence. Et je le répète : je suis absolument en désaccord avec l’appréciation selon laquelle le problème apparu dans le secteur des exportations constitue une crise. Il s’agit d’une crise pour l’Union économique eurasiatique, tandis que, pour la République d’Arménie, il s’agit d’une opportunité. Nous devons comprendre que, tout comme il existe dans le monde de nombreux fournisseurs d’armes, en particulier lorsque vous adoptez une stratégie consistant à n’utiliser ces armes qu’à des fins défensives et à ne pas les employer en dehors du territoire internationalement reconnu de votre pays ce que nous avons fait publiquement , il existe également dans le monde de nombreux acheteurs de roses. Et pour acheminer les roses vers ces nombreux acheteurs, une seule chose est nécessaire : du travail, un travail compétent, constant et patient. C’est précisément ce que nous ferons et que nous faisons déjà avec nos honorables acteurs économiques.
À propos, le Gouvernement a engagé ce travail depuis longtemps déjà. Toutefois, dans le domaine de l’armement, le Gouvernement dispose du monopole de décision quant aux lieux d’acquisition, aux équipements à acheter, etc., ce qui n’est pas le cas dans les autres secteurs. Dans ces secteurs, nous n’avons souvent pas obtenu les résultats escomptés, car, pour des raisons objectives et subjectives, il est très difficile de faire sortir nos honorables acteurs économiques de ce que l’on pourrait appeler leur « zone de confort ». Mais nous leur avons toujours adressé le message suivant : voyez-vous, il existe de nombreux produits que vous exportez au détriment de notre souveraineté, et le moment viendra où la question se posera de savoir ce que nous choisissons. Nous avons toujours délivré ce message : nous choisirons la souveraineté ; il n’existe tout simplement pas d’autre option. Mais aujourd’hui, des processus d’adaptation très importants sont à l’œuvre dans notre économie, qui fait preuve, depuis la révolution de 2018, d’une grande capacité de résilience. Il est plus qu’important de renforcer cette capacité. Il s’agit de notre économie, et j’espère que sa résilience et son dynamisme sont visibles pour vous tous. Et, bien entendu, je suis convaincu que nous observerons ces tendances de manière encore plus marquée dans un avenir proche.
Je souhaite également déclarer très clairement que l’Arménie adopte une stratégie visant à parvenir à l’indépendance énergétique. Vous avez bien entendu : une stratégie visant à parvenir à l’indépendance énergétique. Et cet objectif est plus que réaliste. Il est devenu réaliste tout récemment, notamment grâce au développement des énergies renouvelables, en particulier de l’énergie solaire. La République d’Arménie dispose d’un potentiel solaire considérable, et nous avons développé ce potentiel. En 2018, et je vous prie de prêter attention aux chiffres, nous disposions de 16 mégawatts; aujourd’hui, nous disposons de 1 213 mégawatts de centrales solaires. 16 contre 1 213 mégawatts.
En 2018, et je vous prie de prêter attention aux chiffres : nous disposions de 16 mégawatts, alors qu’aujourd’hui nous disposons de 1 213 mégawatts de centrales solaires. 16 contre 1 213 mégawatts. Et maintenant, afin de poursuivre le développement de ce processus, nous allons lancer la mise en place de systèmes de stockage de l’électricité en République d’Arménie, afin que ceux-ci puissent stocker l’énergie solaire produite pendant la journée et nous fournir, pendant la nuit, l’électricité dont nous avons besoin. Bien entendu, ce processus prendra du temps, et nous prévoyons de disposer d’au moins 800 mégawatts de capacités de stockage d’ici 2031, soit près du double de la puissance installée de la centrale nucléaire actuellement en service.
Au cours de l’année à venir, nous devrons déterminer définitivement avec quel partenaire et quel type de centrale nucléaire nous allons construire, car, comme vous le savez, les capacités de la centrale nucléaire actuellement en service arrivent à épuisement en 2036. À ce propos, la fermeture de la centrale nucléaire, en tant qu’obligation de jure, a été assumée par l’Arménie avant la révolution, sous le gouvernement précédent, en 2017. Je dois toutefois préciser que les technologies en développement pourraient permettre de prolonger une nouvelle fois, au-delà de 2036, la durée d’exploitation de la centrale nucléaire arménienne. Nous menons déjà depuis un certain temps des discussions à ce sujet avec des partenaires potentiels. Une telle décision, bien entendu, ne sera prise qu’en étroite coopération et en accord avec les instances internationales compétentes. Mais je tenais à préciser que nous travaillons déjà depuis assez longtemps sur cette question.
Le secteur de l’énergie est celui où les évolutions sont particulièrement dynamiques, et nous devons étudier toutes les possibilités de production d’électricité dans notre pays, des technologies géothermiques à l’hydrogène vert. À ce propos, la production d’hydrogène est désormais expérimentée et mise en œuvre dans de nombreux pays comme alternative au gaz naturel, car les réserves mondiales de gaz naturel finiront, à un moment donné, par s’épuiser.
Monsieur le Président de l’Assemblée nationale,
Mesdames et Messieurs les Vice-Présidents,
Mesdames et Messieurs les Députés,
Mesdames et Messieurs les membres du Gouvernement,
Cher peuple,
Dans le programme présenté, nous avons défini les principaux résultats-cibles attendus de l’action du Gouvernement pour la période 2026-2031. Ils sont les suivants :
Premièrement, la consolidation et l’institutionnalisation progressive de la paix établie entre la République d’Arménie et la République d’Azerbaïdjan, ainsi que le maintien et le développement d’un environnement sécuritaire favorable autour de l’Arménie, à travers le règlement et/ou le développement des relations avec les pays de la région, ainsi que l’approfondissement des partenariats existants au-delà de la région.
Ensuite, le désenclavement de la République d’Arménie sur la base du projet TRIPP du programme « Carrefour de la paix ».
Ensuite, l’approfondissement des réformes démocratiques, de la lutte contre la corruption, des réformes économiques et de la gouvernance publique, qui sera mesuré à l’aune des progrès réalisés par la République d’Arménie dans les classements internationaux les plus reconnus.
Ensuite, l’intégration de l’ensemble de la population dans le système d’assurance maladie.
Ensuite, la libéralisation du régime des visas d’entrée dans l’Union européenne pour les citoyens de la République d’Arménie.
Ensuite, une croissance économique moyenne annuelle de 6 %.
Ensuite, la création de 125 000 nouveaux emplois. À ce propos, depuis 2018, nous avons déjà créé plus de 300 000 emplois.
Ensuite, l’augmentation d’au moins trois fois du volume du marché des obligations d’entreprises.
Ensuite, le doublement au moins du volume des exportations de produits d’origine arménienne.
Ensuite, une augmentation de 50 % de la production industrielle en prix courants, passant de 3 300 milliards de drams en 2025 à 5 000 milliards de drams.
Ensuite, une augmentation d’au moins 50 % de la valeur de la production agricole brute et le doublement de la production céréalière.
Ensuite, le lancement de la construction de 10 réservoirs, avec pour objectif leur achèvement en 2033, ainsi que la construction et la reconstruction de 350 km de canaux et de réseaux d’adduction d’eau, la mise en irrigation de 10 000 hectares de nouvelles terres et la garantie d’un approvisionnement en eau 24 heures sur 24, au moins à Erevan, Gyumri et Vanadzor.
Ensuite, la construction, la reconstruction, la rénovation complète, l’équipement intégral et la mise en service de 300 nouvelles écoles, 30 établissements d’enseignement professionnel, 100 établissements extrascolaires, 100 jardins d’enfants et 100 complexes de jeux, y compris des piscines municipales.
Ensuite, la construction et/ou la rénovation de 2 500 kilomètres de routes et de 40 ponts.
Ensuite, la construction du pôle technologique de la Cité académique, ainsi que de logements destinés à 3 600 étudiants.
Ensuite, la mise en place d’une capacité de calcul en intelligence artificielle de pointe équivalant à au moins 100 000 GPU, soit au moins 35 000 GPU équivalents par million d’habitants, ainsi que la garantie de l’accès, pour les secteurs de la recherche scientifique, de l’éducation, des start-up, de l’industrie et du secteur public de la République d’Arménie, à des ressources de calcul équivalant à au moins 10 % de ces capacités.
Ensuite, le développement des capacités spatiales nationales de l’Arménie, à travers l’acquisition et l’exploitation d’au moins deux satellites d’observation de la Terre et d’un satellite de télécommunications, le développement de l’infrastructure nationale au sol, la mise en place de capacités nationales de contrôle des satellites et de traitement des données, ainsi que la garantie de l’accès des secteurs public, scientifique et privé aux données satellitaires et aux services de communication.
Ensuite, la mise en service de centrales photovoltaïques d’une capacité de 1 000 mégawatts et de centrales de stockage d’électricité d’une capacité de 800 mégawatts.
Ensuite, une réduction de la pauvreté de 5 points de pourcentage.
Ensuite, la numérisation des principaux services publics et des services essentiels fournis par les collectivités locales.
Ensuite, la poursuite du processus de restitution des actifs acquis illégalement, notamment par des moyens de corruption, qui comprendra la restitution à l’État et aux collectivités locales des forêts, plages, parcs et espaces verts privatisés ou pris illégalement en location, ainsi que des établissements d’enseignement et autres espaces publics, l’alimentation continue du compte unifié destiné aux fonds récupérés, ainsi que la restitution à la collectivité des biens immobiliers et mobiliers d’origine illicite, pour un montant équivalent à environ deux milliards de dollars.
Mesdames et Messieurs les participants,
Cher peuple,
Le message le plus important du programme présenté par le Gouvernement est toutefois le suivant : le Gouvernement a fait de l’éducation et considère l’éducation comme la stratégie des stratégies. La nouvelle conception du rôle de l’État et de la République d’Arménie, dont j’ai parlé dans cette intervention, suppose une connaissance continue et approfondie des dimensions théoriques et pratiques de cette question, ainsi que des transformations en cours dans le monde et dans la région. Cette connaissance doit être maîtrisée simultanément par la société, les institutions de l’État, les collectivités locales, les groupes professionnels et sociaux ainsi que les individus, afin de former une conscience sociale centrée sur l’État.
L’éducation est le seul moyen fiable non seulement de résoudre, mais aussi de comprendre la question du développement et de la pérennité de notre État. Cela vaut aux niveaux individuel, collectif, social et étatique, tant dans la dimension intérieure que dans la dimension extérieure. Par conséquent, l’éducation est le principal instrument de la stratégie visant à assurer le développement et l’essor de l’État et à construire un État d’une qualité nouvelle, étant entendu qu’elle constitue un processus qui dure toute la vie et concerne toutes les formes possibles d’éducation : l’éducation préscolaire, l’enseignement général, l’éducation extrascolaire, l’enseignement professionnel, l’enseignement supérieur et postuniversitaire, l’éducation non formelle, la formation professionnelle, le développement continu des compétences professionnelles, la reconversion professionnelle et le développement intellectuel. Le système éducatif doit enseigner à l’apprenant les compétences nécessaires à une vie épanouie et au bonheur qu’elle procure. Nous devons constater que le modèle fondamental de construction du bien-être en République d’Arménie est le suivant : éducation, travail, développement des compétences professionnelles, mode de vie sain, revenus du travail. Le système éducatif doit être en mesure de doter chaque personne des compétences nécessaires pour appliquer cette formule du bien-être dans sa propre vie.
L’éducation est également un phénomène social. Au-delà des institutions formelles et non formelles de l’éducation, le renforcement des liens sociaux au sein de la société constitue un facteur essentiel de l’essor de l’État et du développement de l’environnement éducatif. Cela passe notamment par le développement d’espaces de socialisation directe, et non virtuelle, ainsi que par le développement et l’encouragement, parallèlement à la vie éducative, de la vie culturelle et spirituelle et d’autres espaces de sociabilité, tels que les clubs de lecture et autres clubs, les centres de jeunesse. Tous ces domaines seront au centre de l’attention du Gouvernement. Dans ce contexte, il est particulièrement important de revenir constamment et de manière continue sur les questions suivantes : qu’est-ce que l’État ? Quelles sont ses spécificités et son importance dans les relations intérieures et extérieures ? Que signifie être un État, être un responsable public, un agent de l’État ou d’une collectivité locale, et/ou être un citoyen ? Quelles sont leurs relations et quelles devraient-elles être ? Quelles sont les spécificités et les risques propres à ces relations ? Il s’agit d’un thème éducatif à part entière, d’une importance vitale pour le développement et la pérennité de l’État. Cette orientation doit être présente à tous les niveaux de l’éducation, dans tous les domaines de la vie publique, ainsi que dans les débats politiques et publics.
Enfin, le citoyen doit aimer son État, lui faire confiance, et l’État doit aimer son citoyen et être aimé de lui. Tel est l’objectif profond de l’action du responsable public. Dans le même temps, il faut comprendre que les systèmes de droits et d’obligations du citoyen sont étroitement et qualitativement interdépendants. Plus la qualité de l’accomplissement des obligations est élevée, plus le système de protection des droits est solide. Parallèlement, l’État a l’obligation positive de garantir la primauté du droit et l’égalité de tous devant la loi.
Monsieur le Président de l’Assemblée nationale,
Mesdames et Messieurs les Vice-Présidents,
Mesdames et Messieurs les Députés,
Mesdames et Messieurs les membres du Gouvernement,
Cher peuple,
Sur la base du programme présenté, j’ai veillé à ce que mon intervention soit aussi concise que possible. Le programme est multidimensionnel et, j’en suis convaincu, lors de la séance de questions-réponses, nous aborderons également les autres volets, sociaux, économiques et politiques. Sur la base du programme présenté, le Gouvernement adoptera son programme quinquennal de mesures et le mettra en œuvre. La mise en œuvre de ce programme doit permettre d’édifier un État d’une qualité nouvelle et d’assurer l’essor de l’État. La République d’Arménie entre ainsi dans une nouvelle étape de son histoire, que nous appelons la Quatrième République.
Gloire aux martyrs et vive la Quatrième République d’Arménie ! Je vous remercie.