Le député européen a présenté les priorités que l’Union européenne devrait adopter dans ses relations avec l’Arménie.

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Le député français au Parlement européen, François-Xavier Bellamy, estime que l’Union européenne à gagner à une meilleure coopération avec l'Arménie et qu’elle devrait renforcer ses relations avec ce pays dans divers domaines. Selon lui, l’Arménie et l’UE doivent construire des relations mutuellement bénéfiques.

Le député européen a fait cette déclaration dans une interview accordée à Armenpress à Bruxelles.

Au cours de cet entretien, François-Xavier Bellamy a évoqué ses attentes concernant le premier sommet Arménie-UE prévu en mai à Erevan, le discours du Premier ministre arménien Nikol Pachinian au Parlement européen, ainsi que la question des Arméniens détenus illégalement à Bakou, entre autres sujets.

Monsieur Bellamy, le Premier ministre arménien, Nikol Pachinian, était de passage à la session plénière. Il a prononcé un discours important sur l'avenir du pays et sa politique étrangère. Comment interprétez-vous ce message et que révèle-t-il, selon vous, sur l'orientation stratégique de l'Arménie aujourd'hui ?

D'abord, pour nous, il était très important que le Premier ministre arménien vienne au Parlement européen, revienne même, puisque c'est la deuxième fois que nous l'accueillons dans l'hémicycle du Parlement. Et c'est aussi un choix géopolitique fort de la part de notre institution, dont je suis vraiment très heureux. Nous n'accueillons pas tous les chefs d'État et de gouvernement. Nous avons l'honneur d'accueillir ceux dont nous nous sentons proches parce que l'Europe a des intérêts communs, des principes communs à défendre avec eux. Et pour l'Arménie, le peuple arménien en particulier, il est naturel que le plus haut représentant de la République d'Arménie puisse être accueilli au sein du Parlement européen. Donc, pour nous, c'était une chance de le recevoir. Et en effet, il a délivré un discours important sur la question de la situation actuelle dans le Caucase, sur la manière dont l'Arménie s'engage aujourd'hui dans un processus de paix, et sur les défis qui sont face à ce pays et qui concernent aussi l'Europe.

Aujourd'hui, l'Arménie essaie d'avancer dans ses relations avec l'Europe en renforçant les relations. Quels sont, selon vous, les domaines prioritaires dans lesquels cette coopération devrait être vraiment approfondie ?

Ma conviction profonde, c'est que nous avons tout à gagner à une meilleure coopération avec l'Arménie. Nous l'avons vécu dans l'épreuve la plus absolue au moment de la guerre de 2020, et puis ensuite, pendant le siège du Haut-Karabakh. J'ai été de ceux qui en ont beaucoup voulu aux institutions européennes d'avoir été si peu capables de travailler aux côtés du peuple arménien pour assurer sa sécurité et pour défendre, là encore, nos principes communs. Et je crois qu'il y a là une manière de souligner la nécessité de construire maintenant, dans la durée, ces relations, et de faire en sorte qu'elles puissent être mutuellement bénéfiques à l'Europe et à l'Arménie. Et je pense à des sujets qui s'imposent à nous. Le premier d'entre eux, c'est bien sûr la sécurité. J'ai été très heureux que nous parvenions à obtenir cette mission de surveillance des frontières, mission européenne qui aujourd'hui est active sur le territoire arménien. J'ai été également parmi ceux qui se battaient pour exiger la prolongation de cette mission. Ce que nous constatons, c'est que depuis qu'elle est sur le terrain, il n'y a plus ce que nous avions si souvent déploré : des attaques, des agressions, des escarmouches à la frontière, des incidents provoqués qui aboutissaient bien souvent, malheureusement, à des victimes parmi les soldats arméniens ou parmi les civils arméniens. Et la mission européenne, je pense, a réussi à maintenir une forme de stabilité. C'était un enjeu essentiel. La France aussi commence à renforcer son partenariat de sécurité avec l'Arménie, et ceci s'étoffe avec la facilité européenne pour la paix qui, depuis les institutions européennes, permet de construire un partenariat de sécurité avec l'Arménie. Mais nous ne devons pas travailler seulement dans le domaine de la sécurité, nous devons faire plus dans ce domaine-là. Nous devons aussi travailler à renforcer nos liens sur le terrain économique, par exemple. C'est un enjeu fondamental pour nous. Quand j'ai été pour la première fois en Arménie en 2020, j'avais rencontré des entrepreneurs, des jeunes entrepreneurs arméniens qui développaient leur activité et qui me disaient leur frustration de ne pas pouvoir suffisamment accéder au marché européen. Pour cela, il fallait débloquer quelques sujets très concrets, la question, par exemple, des relations aériennes. On sait qu'à l'époque, l'Arménie était sur la liste noire européenne en matière d'aviation. Là encore, ce problème a été résolu et donc l'exportation vers l'Europe est désormais plus facile. D'un point de vue matériel, elle doit l'être aussi. D'un point de vue commercial, on a, je pense, beaucoup à travailler pour renforcer la facilitation de nos liens sur ce plan commercial. Et il y a ensuite, bien sûr, le lien entre les sociétés. La société arménienne doit pouvoir être plus directement connectée à la société, à nos sociétés dans les pays européens. Évidemment, nous avons déjà les liens très forts qui existent entre l'Arménie et la France, par exemple. Mais ce lien, il faut le faire vivre. Et pour ça, très concrètement, nous devons travailler sur la question des visas, par exemple, qui est un enjeu essentiel. Je ne cite que quelques éléments, mais je crois que c'est ces éléments qui doivent être en priorité sur l'agenda européen.

Vous avez mentionné certaines de vos batailles, dont une, on le sait très bien, concerne aussi tout ce qui touche aux prisonniers arméniens détenus à Bakou, certains ayant été condamnés à la perpétuité, comme vous le savez, ou à plus de 10 ans de prison. Le Parlement européen a adopté plusieurs résolutions à ce sujet. Quelle position l'Union européenne devrait-elle adopter face à cette situation et quels moyens de pression concrets peut-elle utiliser pour obtenir leur libération ?

Vous l'avez dit, c'est un sujet qui est déterminant pour nous et nous avons porté au Parlement européen, à plusieurs reprises, des résolutions sur ce sujet des prisonniers politiques arméniens, des prisonniers de guerre. Il y a là une injustice immense. Certains ont été libérés, mais d'autres sont, vous l'avez rappelé, condamnés pour des périodes très longues. Et de toute évidence, cette condamnation ne repose pas sur des faits, elle est une pure vengeance, une pure tactique d'intimidation politique aussi. C'est une manière, pour l'Azerbaïdjan, pour le régime d'Aliyev, de montrer son mépris total de la justice et de l'État de droit, mais aussi sa capacité à nuire à ceux qui s'opposent à lui. Et je crois que nous avons le devoir de résister à cela. Notre grand drame, je le partage très simplement avec vous, c'est que le Parlement, sur ce sujet, il y a quelques années, nous étions bien seuls à défendre cette cause. Aujourd'hui, nous avons réussi à gagner une majorité. Le Parlement a désormais une position claire et les lobbyistes qui faisaient les petits télégraphistes de l'Azerbaïdjan sont maintenant beaucoup plus discrets. Mais notre drame, c'est que la Commission ne nous suit pas. Et aujourd'hui encore, c'est pour moi un sujet de frustration majeure. La Commission européenne continue de mener cette politique de déni de réalité vis-à-vis de l'Azerbaïdjan. On a vu Madame Kallas se rendre en Azerbaïdjan, comme Ursula von der Leyen avant elle, comme si tout était normal, comme si on pouvait traiter avec l'Azerbaïdjan comme un partenaire fiable. C'est évidemment pour nous absolument insupportable et je crois que notre devoir, c'est de faire en sorte aujourd'hui de sortir de cette situation.

Il y a aussi un premier sommet Union européenne-Arménie qui est prévu en mai à Erevan. Quelles attentes concrètes peut-on avoir de cette rencontre et quelle avancée réelle pourrait-elle apporter dans le partenariat entre Bruxelles et Erevan ? Sachant que oui, l'Union européenne essaie de traiter les pays du Caucase du Sud de la même manière, mais en donnant peut-être certaines préférences à des pays beaucoup plus démocratiques.

Vous voyez, ce que nous montrons aujourd'hui, c'est justement que le Parlement européen sait choisir ses préférences. Pour la deuxième fois, nous recevons le Premier ministre arménien. Nous n'avons pas reçu de dignitaires de l'Azerbaïdjan et nous ne ferons pas d'équivalence entre ces pays du Caucase du Sud. L'un défend la démocratie et partage avec nous cet héritage commun qui lui vaut d'être ciblé, et l'autre est aujourd'hui l'un des pires régimes dictatoriaux du monde. Nous espérons que l'Azerbaïdjan, un jour, sera libéré de cette autocratie qui l'opprime. Mais pour l'instant, il est très clair que nous ne pouvons pas, et c'est la position du Parlement, regarder le régime azerbaïdjanais comme un partenaire fiable, en aucune manière que ce soit. Et donc effectivement, il faut que l'Union européenne, maintenant, assume, pas seulement le Parlement, mais que les institutions européennes assument cette même priorité et qu'elles le fassent d'une façon claire.

Et toute dernière question : on sait que l'Union européenne... On a des élections prévues en Arménie en juin et l'Union européenne essaie, de cette manière aussi, d'assurer un suivi, d'avoir des observateurs et de voir comment les élections vont se passer de façon ouverte et démocratique. Il y a aussi une aide pour lutter contre les cyberattaques et les attaques hybrides. Certains cercles en Arménie pensent que c'est aussi une façon d'intervenir dans les affaires intérieures de l'Arménie, ou alors peut-être de se considérer comme un soutien politique direct au pouvoir, au parti politique au pouvoir aujourd'hui. Comment pensez-vous, notamment après les échanges que vous avez eus aujourd'hui avec le Premier ministre, que ce sujet pourrait être abordé ? Est-ce que c'est quelque chose qui vous évite d'être malentendu ?

Nous échangeons bien sûr avec les autorités arméniennes, le Premier ministre arménien, mais aussi avec le gouvernement, le Parlement arménien. Je voudrais redire ici que ma ligne a toujours été très claire. Je suis un ami de l'Arménie et du peuple arménien. Jamais je ne me permettrai de me prononcer sur les affaires intérieures de l'Arménie et sur la situation politique à l'intérieur de l'Arménie. Tout ce que nous pouvons faire, simplement, c'est apporter bien sûr notre soutien à l'Arménie pour défendre son intégrité territoriale, pour défendre sa souveraineté, sa souveraineté, c'est-à-dire aussi sa démocratie. Et nous savons bien aujourd'hui que nos souverainetés, nos démocraties, sont bien souvent attaquées par des ingérences étrangères. Ça n'est pas le cas de l'Arménie spécifiquement. C'est arrivé en France, c'est arrivé dans d'autres pays de l'Union européenne. Et la préoccupation de l'Europe aujourd'hui, en particulier concernant un pays qui se tourne vers l'Union européenne, c'est simplement de garantir que ce pays pourra s'exprimer d'une manière libre, d'une manière démocratique, et d'une manière qui soit vraiment souveraine. En effet, nous sommes d'autant plus heureux de soutenir la démocratie arménienne qu'elle est justement la preuve que la démocratie est possible dans cette région, et avec ce recul historique. Et donc ce rendez-vous électoral sera pour nous, évidemment, un moment important pour la population arménienne et, je l'espère, un moment déterminant pour pouvoir choisir son avenir.

Merci beaucoup Monsieur Bellamy, merci pour votre interview.

Merci à vous. Permettez-moi, si vous m'autorisez un dernier mot, je voudrais simplement dire, parce que nous n'avons pas eu l'occasion d'échanger sur ce sujet, que pour nous, un élément de préoccupation fondamental, c'est aussi la situation de toutes les familles du Haut-Karabakh qui ont été privées de leurs maisons, de leurs foyers, de leurs terres. L'Europe doit là aussi continuer de travailler pour les soutenir très concrètement, d'abord en soutenant leur vie d'aujourd'hui, en accompagnant leurs besoins matériels, mais aussi, et c'est pour moi un sujet fondamental, en faisant en sorte que nous travaillions dès aujourd'hui à un mécanisme juridique qui prépare le retour de ces familles dans leur maison et sur leur terre. Je crois que nous avons tous à l'esprit que ça ne se produira pas demain, malheureusement. Et cette tragédie, elle m'habite tous les jours. Mais le fait est qu'elle doit pouvoir avoir un terme, et notre devoir, y compris vis-à-vis des générations qui viennent, c'est de ne jamais considérer qu'il faudrait se résigner à ce que la force impose le droit. Le droit de ces personnes, le droit de ces réfugiés, c'est de pouvoir continuer de garder la perspective de revenir dans leur foyer.

 

 

 

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