L’Europe doit se tenir aux côtés de l’Arménie par tous les moyens possibles : interview d’un député du Parlement européen
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Le député français au Parlement européen, François-Xavier Bellamy, estime que l’Europe a le devoir de se tenir aux côtés de l’Arménie par tous les moyens possibles afin de prévenir une nouvelle agression potentielle de l’Azerbaïdjan.
Dans une interview accordée à la correspondante d’Armenpress à Bruxelles, l’eurodéputé français a partagé son analyse sur la situation actuelle :
– Comment évaluez-vous les négociations actuelles entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, compte tenu des exigences constantes, parfois changeantes, formulées par Bakou ? Quels sont, selon vous, les risques et les opportunités à ce stade ? Et que peut faire l’Union européenne pour contribuer à une paix durable dans la région ?
– Si vous me le permettez, je commencerai par votre dernière question. Je ne prétends pas être le plus grand spécialiste de ces négociations, car nous n’y avons pas accès de manière directe. Mais je peux dire ce que l’Europe doit faire aujourd’hui et ce que nous attendons d’elle.
À mon avis, nous avons l’obligation de garantir la sécurité des événements à venir. Or, cette sécurité est menacée par un seul acteur - il faut le dire clairement. Cet acteur, c’est Ilham Aliyev, qui a choisi de rompre le processus diplomatique autour du statut du Haut-Karabakh. En 2020, il a déclenché une agression militaire, imposé un blocus à l’Artsakh, infligeant des souffrances humanitaires aux populations locales. Ensuite, nous avons assisté à une politique de nettoyage ethnique - sous les yeux du monde - et, malheureusement, l’Union européenne est restée bien trop silencieuse.
Aujourd’hui encore, l’Azerbaïdjan menace l’Arménie, comme cela a été évident ces derniers jours, y compris au Parlement belge où l’ambassadeur d’Azerbaïdjan s’est exprimé avec une rhétorique terrifiante. Cette rhétorique s’appuie sur le concept de « l’Azerbaïdjan occidental » pour justifier des revendications territoriales sur le territoire arménien.
Nous devons mettre fin à cette dynamique. Il y a en réalité une menace - c’est l’Azerbaïdjan,et une victim- c’est l’Arménie. L’Europe doit absolument se tenir aux côtés de l’Arménie, par tous les moyens possibles, pour empêcher toute nouvelle agression de Bakou.
– Comment évaluez-vous la récente visite de Kaja Kallas à Bakou, alors que l’Azerbaïdjan est accusé de graves violations des droits humains, notamment contre la population arménienne du Haut-Karabakh ? Ce type de visite est-il compatible avec les valeurs que l’UE prétend défendre ?
– Deux choses dans cette visite m’ont profondément choqué. J’ai d’ailleurs eu l’occasion d’en parler directement avec Kaja Kallas il y a quelques jours.
Je comprends que la diplomatie implique de dialoguer avec ceux avec qui nous avons des désaccords profonds. Et quand je dis que l’Europe doit jouer un rôle dissuasif, cela signifie qu’il faut parler à l’Azerbaïdjan pour lui exprimer clairement la position de l’Union.
Mais le problème majeur de cette visite, c’est que Mme Kallas s’est rendue uniquement à Bakou. J’aurais pensé qu’elle se rendrait également à Erevan, mais cette visite a été reportée. C’est cela qui envoie un signal ambigu.
Je pense qu’il est absolument crucial que Mme Kaja Kallas ait, dans les plus brefs délais, l’opportunité de rencontrer le gouvernement arménien, et j’espère que les autorités arméniennes seront également prêtes à organiser cette rencontre. Je crois qu’il est d’une importance fondamentale de montrer de quel côté nous nous situons.
Au Parlement européen, nous avons accueilli le Premier ministre arménien, Nikol Pashinyan, qui est venu s’adresser aux eurodéputés. Cela a demandé de notre part un effort prolongé. Nous avons fait un choix clair quant à qui nous recevons, et ce geste avait bien sûr une forte portée symbolique. Nous montrons de quel côté nous nous trouvons aujourd’hui : du côté d’un peuple qui défend ses droits fondamentaux, et non pas d’un autocrate qui viole même les droits de son propre peuple.
La deuxième chose qui m'a profondément frappé, ce sont les messages qui ont été diffusés pendant cette visite. Lorsque l'Azerbaïdjan tente à nouveau de se présenter comme un partenaire de l'Europe, même en matière de coopération énergétique, une contradiction flagrante apparaît. Et c'est exactement en ces termes que je me suis adressé au Haut représentant : il s'agit d'une grave incohérence.
Nous expliquons que la Russie est une dictature qui viole les droits fondamentaux dans son propre pays. Elle a injustement attaqué ses voisins. C'est pourquoi nous avons décidé d'imposer des sanctions à son encontre et de cesser d'importer des énergies de Moscou. Mais comment expliquer que la même chose ne s'applique pas à l'Azerbaïdjan, qui s'en prend même à son propre peuple et viole les droits fondamentaux de manière tout à fait inacceptable. Il viole également ces droits dans nos pays, car la vérité est que l'Azerbaïdjan menace ses opposants politiques et, malheureusement, organise parfois même leur assassinat en Europe. Il s'agit d'une menace qui touche directement la souveraineté de nos États. En outre, l'Azerbaïdjan a été, à mon avis, le premier pays à avoir récemment déclenché une guerre contre une population voisine dans le but de modifier les frontières et de promouvoir ses propres intérêts. Il n'y a donc aucune raison pour que la norme appliquée à Moscou ne s'applique pas également à Bakou. Et il me semble que ce double standard menace aujourd'hui la crédibilité de toute la diplomatie européenne, non seulement dans cette région, mais aussi dans le monde entier.
- Mme Kallas vous a-t-elle donné des explications ?
-Eh bien, c'était une conversation privée, je ne peux pas la rendre publique, mais je lui ai clairement fait part de notre position. Je pense qu'aujourd'hui, nous devons rétablir une position de négociation avec l'Azerbaïdjan qui soit beaucoup plus exigeante, beaucoup plus ferme. Je pense également à une autre question humanitaire urgente qui me préoccupe profondément et dans laquelle le Parlement européen s'est déjà engagé. Nous avons pu adopter une résolution très importante sur ce sujet, et j'espère qu'elle sera prise en compte par la Commission européenne. Cette question humanitaire urgente concerne les prisonniers d'Artsakh, qui sont aujourd'hui soumis à un procès fictif, qui n'est en réalité que l'expression de la vengeance de M. Aliyev. Une vengeance qui vise des dirigeants dont le seul crime a été d'essayer de protéger pacifiquement la sécurité de leur propre peuple.
- Vous vous engagez activement dans la défense des droits des Arméniens d'Artsakh et des prisonniers arméniens détenus à Bakou. À quel stade en sont ces questions au niveau officiel et institutionnel de l'Union européenne ? Quelles mesures concrètes pouvons-nous attendre de l'UE dans ce contexte ?
-Cette question doit être résolue au plus haut niveau. Je sais qu'elle fait partie des problèmes et des priorités des personnes qui participent aux négociations avec l'Azerbaïdjan. Je ne peux pas en dire plus, mais soyez assurés que nous, au Parlement européen, poursuivrons notre travail. Croyez-moi, je rappelle aussi sans cesse l'urgence de la situation. Je pense à tous ces dirigeants qui se trouvent aujourd'hui à Bakou, dont on peut supposer qu'ils sont victimes de mauvais traitements et dont la vie est en grand danger. C'est vraiment urgent maintenant. J'ai rencontré les familles de certains d'entre eux. Je pense par exemple à Ruben Vardanyan. Leur libération est une nécessité absolue.
Un autre sujet qui doit être discuté par notre Parlement, et je pense qu'il doit également être examiné dans le contexte de la protection des droits fondamentaux, est la situation de toutes les familles de réfugiés d'Artsakh. Je pense souvent à elles. Tout au long de l'hiver, nous avons accordé une attention particulière à leur situation matérielle difficile et aux difficultés de ces familles en termes de logement en Arménie ou dans d'autres pays. En termes simples, nous avons aujourd'hui le devoir de poursuivre le travail qui leur permettra d'espérer qu'un jour, elles pourront retourner dans leurs villages, leurs villes, sur leurs terres. Même si cela semble lointain, même si c'est difficile, nous devons poursuivre ce travail, car il s'agit des terres de ces personnes, de leurs maisons, qui ont été saisies.
Avec le Parlement européen, dèja aujourd'hui, qui pouttait se coonstituer, de préparation du rterour Nagorno Karabakh, même si cela devait se faire dans un avenir qui n'est peut- être pas immédiat, il faut que cet avenir reste la perspective collective sur laquelle nous travaillons. J'ai été profondément impressionné par ma rencontre à Erevan avec les familles de réfugiés du Haut-Karabakh, en particulier avec les enfants qui, devenus réfugiés en 2020, continuent d'apprendre leur langue, leurs chants et leur musique, caractéristiques de la culture unique du Haut-Karabakh. Ces enfants m'ont appris une expression qu'ils répétaient : « Nous retournerons à Chouchi ». Et je pense que cette expression doit rester d'actualité. Ces enfants doivent vivre dans l'espoir de retourner un jour sur leurs terres, les terres de leurs ancêtres. Je pense que c'est notre devoir. Nous devons créer les conditions qui nous permettront de continuer à œuvrer dans ce sens.
