Alex Miskirtchian : «La boxe a fait de moi la personne que je suis aujourd’hui»

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Champion de Belgique, champion WBC International, champion d’Europe EBU et vice-champion du monde, Alex Miskirtchian a construit une grande partie de sa vie sur les rings belges et internationaux. Mais derrière les titres et les combats se trouve une histoire qui dépasse largement le sport : celle d’un jeune Arménien de Géorgie arrivé en Belgique à l’âge de 16 ans, sans parler un mot de français, et qui a dû trouver dans un nouveau pays sa place, sa voix et son chemin.

Né à Tbilissi dans une famille arménienne, Alex arrive en Belgique en novembre 2000 avec son petit frère et sa maman. Réfugié politique, il découvre alors une société dont il ne connaît ni la langue ni les codes. Quelques années plus tard, il deviendra l’un des boxeurs belges les plus reconnus de sa génération.

Aujourd’hui, alors qu’il a quitté le ring professionnel mais continue de transmettre son expérience dans sa propre salle de boxe, Alex revient sur son parcours, ses racines arméniennes, les valeurs héritées de sa famille et ce que le sport lui a appris sur la vie.

« Je ne parlais pas du tout français. Je ne savais même pas comment dire bonjour. Mais aujourd’hui, je discute avec vous », dit-il avec le sourire.

De la Géorgie à la Belgique, du statut de réfugié aux plus grandes scènes de la boxe, son parcours raconte finalement une même chose : avancer sans jamais oublier d’où l’on vient.

Aujourd’hui, lorsqu’Alex Miskirtchian raconte cette arrivée, il ne s’attarde pas sur les difficultés. « J’aime bien les changements. Je suis quelqu’un de fonceur, je prends les risques », dit-il simplement. Une phrase qui résume peut-être une grande partie de son parcours.

Réfugié politique, accueilli dans un centre pour demandeurs d’asile, le jeune Arménien de Géorgie devait trouver sa place dans une société dont il ne maîtrisait ni la langue ni les codes. Il la trouvera notamment dans la boxe.

Mais la boxe n’est pas arrivée par hasard dans sa vie. Son grand-père boxait déjà. Et dans le quartier de Tbilissi où il a grandi, Arméniens, Géorgiens, Turcs, Azerbaïdjanais et Juifs vivaient côte à côte. Il apprend tôt à se défendre, à avancer, à ne pas se laisser faire.

« Chez nous, à 8 ou 9 ans, tu es dans la rue et tu n’as pas intérêt à te laisser faire », raconte-t-il avec cette franchise qui lui ressemble.

Son identité arménienne, Alex ne dit pas l’avoir découverte un jour précis. Elle était là avant même qu’il ait besoin de la nommer. « Mon papa est arménien, ma maman est arménienne. C’était écrit en moi. »

Dans son enfance, l’arménité n’était pas nécessairement un sujet de longues discussions familiales. Elle était simplement une évidence, quelque chose qui faisait partie de lui. Sa mère lui a surtout transmis des valeurs : être un homme, respecter les autres et ne jamais se laisser écraser.

Des valeurs qu’il dit aujourd’hui vouloir transmettre à ses propres enfants.

« Pour se faire respecter, il faut respecter », résume-t-il.

Chez Alex, l’identité arménienne n’est donc pas seulement une origine ou un nom de famille. Elle se trouve dans une manière d’être, dans une certaine force intérieure, dans ce qu’il appelle sa « mentalité caucasienne ».

« Quand je décide quelque chose, c’est paf », sourit-il.

Il parle de cette identité avec une spontanéité presque désarmante. « C’est le sang, le sang chaud des Arméniens. » Mais derrière la formule, il y a surtout une conviction profonde : celle d’avoir reçu quelque chose de ses parents qu’il porte encore aujourd’hui.

Sur les rings, Alex représentera officiellement la Belgique. Mais jamais il n’a eu le sentiment de devoir choisir entre ses deux appartenances.

« J’étais sur le drapeau belge, mais c’est sur le drapeau arménien aussi. J’avais un très grand soutien de la communauté arménienne. Partout où j’allais, je me sentais chez moi. »

C’est peut-être là que son parcours prend toute sa dimension. Arrivé adolescent dans un pays qu’il ne connaissait pas, il devient progressivement une figure reconnue de la boxe belge, jusqu'à atteindre le plus haut niveau international. Mais derrière le sportif, il reste celui qui n’a jamais oublié d’où il venait. Et lorsqu’il prononce simplement le mot « arménien », il sait ce qu’il signifie pour lui.

« Ça fait chaud au cœur. »

Pour Alex, la boxe n’a jamais été seulement une question de coups, de victoires ou de titres.

« Si je n’avais pas eu le sport, je ne sais pas dans quoi je me serais retrouvé », reconnaît-il.

Arrivé tard dans le système scolaire belge, à 17 ans, il devait trouver une autre voie. La boxe est devenue son échappatoire, mais aussi son école.

« C’est elle qui a fait de moi la personne que je suis aujourd’hui. C’est elle qui a créé tous les liens que j’ai avec mes amis. » Avec le temps, il a compris que le ring lui avait appris bien plus que la technique.

« La boxe est une discipline de la vie. Quand les gens vont comprendre que la boxe, ce n’est pas un sport de bagarre, c’est un art, une discipline, avec de l’amour, beaucoup de respect et la tête… »

À 32 ans, il arrête sa carrière professionnelle. Mais il ne quitte pas la boxe. Depuis seize ans, il possède sa propre salle. Il y transmet désormais ce que le ring lui a appris. Le combat a changé de forme.

Lorsqu’on lui demande ce qu’il aimerait dire aux jeunes Arméniens qui grandissent aujourd’hui en Belgique, sa réponse est directe : « Qu’ils n’oublient pas d’où ils viennent. »

Mais Alex refuse aussi l’idée d’une identité enfermée dans le passé. Pour lui, conserver ses racines et s’intégrer dans le pays où l’on vit ne sont pas contradictoires.

« Il y a apprendre la culture et il y a s’adapter à la culture. N’oubliez pas qui vous êtes, mais adaptez-vous au pays. »

Il parle avec ses mots, parfois abruptement, mais le message est clair : transmettre une identité ne signifie pas refuser le monde qui l’entoure. Rester soi-même, tout en avançant.

Aujourd’hui, Alex ne parle plus de rêves comme il pouvait le faire autrefois. « J’ai fait grève. Je n’ai plus de rêve. J’avance et voilà. »

Derrière cette formule un peu provocatrice se cache une vie qui a déjà beaucoup changé.

Il est devenu père. Il a trois enfants, deux garçons et une fille. Il parle de sa famille avec la même simplicité que lorsqu’il parle de la boxe ou de ses origines.

« Toujours heureux, simple. »

Peut-être est-ce finalement cela qui résume le mieux son parcours.

Un garçon arrivé à 16 ans, sans langue, sans certitude et sans savoir exactement ce que la Belgique allait lui offrir. Un jeune Arménien de Tbilissi qui a trouvé dans un sport une manière de se faire une place. Un boxeur qui a porté le drapeau belge tout en restant profondément attaché à celui de ses origines. Un homme qui, après avoir combattu sur les rings, choisit aujourd’hui de transmettre.

Il ne parle pas de revanche. Il parle de respect. Il ne parle pas d’avoir tout réussi. Il dit simplement qu’il avance.

Et peut-être que toute son histoire tient dans cette capacité à avancer sans jamais abandonner ce qui était déjà là, au fond de lui, lorsqu’il a quitté Tbilissi à 16 ans :

« C’était écrit en moi. »

 

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