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Ararat Mirzoyan: l’initiative Carrefour de la paix coïncide pleinement avec la vision chinoise de la Ceinture et la Route

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Ararat Mirzoyan: l’initiative Carrefour de la paix coïncide pleinement avec la vision chinoise de la Ceinture et la Route

Lors de sa visite officielle à Pékin le 28 juin, le ministre des Affaires étrangères de l'Arménie, Ararat Mirzoyan, a accordé une interview à la Télévision centrale de Chine (CGTN). Voici la transcription de l'interview publiée par le ministère des Affaires étrangères.

– Votre visite en Chine a eu lieu à l’invitation du ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi. Pourriez-vous partager les principaux sujets abordés lors des négociations, et y a-t-il eu des résultats concrets ?

- Il s’agissait de ma première visite officielle à Pékin, et je tiens à remercier le ministre Wang Yi pour son invitation. Cette visite a été une excellente occasion de faire le point sur le travail accompli jusqu’à présent, d’enregistrer les acquis et de tracer ensemble la voie d’une coopération future. Je tiens à souligner que des sujets très importants ont été abordés. Nous avons déjà des résultats tangibles, notamment dans le domaine des relations économiques et commerciales bilatérales. Par exemple, par rapport à l’année précédente, le volume de nos échanges commerciaux a augmenté de 700 millions de dollars. Nous avons également lancé un vol direct entre Erevan et Urumqi, ce qui favorise les contacts d’affaires, le commerce, les liens entre les peuples, les échanges culturels, et renforce aussi le dialogue politique,  qui est également actif.

Et ce n’est pas encore tout le potentiel du développement de nos relations. Avec mon homologue, le ministre Wang Yi, nous avons discuté du caractère stratégique de nos relations, de la similitude de nos approches sur des questions de politique mondiale, de notre coopération sur les plateformes internationales, ainsi que de notre agenda bilatéral. Cela pourrait marquer le début d'une nouvelle page, et j'espère que nous verrons des résultats concrets dans les mois à venir. 

Le récent conflit entre Israël et l’Iran a suscité de vives inquiétudes dans le monde entier. La Chine promeut activement les négociations de paix et appelle toutes les parties à faire preuve de retenue. Comment évaluez-vous le rôle de la Chine dans la diplomatie internationale et la résolution des conflits ?

– L’Arménie est un pays voisin de l’Iran, et nous avons été profondément préoccupés par la situation. Dès le premier jour, nous avons exprimé notre position en condamnant l’usage unilatéral de la force, c’est-à-dire l’attaque contre l’Iran. D’ailleurs, notre approche était très proche de celle exprimée ultérieurement par l’Organisation de coopération de Shanghai.

Cette position ne découle pas uniquement de nos relations amicales avec l’Iran, mais aussi de la prise en compte des menaces potentielles, y compris le risque de contamination nucléaire.

Je tiens à le redire clairement : l’Arménie est un pays frontalier, et notre préoccupation était sérieuse. Aujourd’hui, nous constatons l’instauration d’un cessez-le-feu, et nous espérons qu’il sera durable. Tous les problèmes doivent être résolus par des voies diplomatiques, à travers le dialogue et les négociations. Nous sommes fortement engagés en faveur de la paix dans notre région. En tant que pays ayant connu la guerre dans un passé très récent, au cours des dernières années, nous aspirons à la paix, non seulement à nos propres frontières, mais aussi dans d'autres régions voisines et dans un espace géographique plus large. Et à cet égard, nous constatons que nos approches sont très proches de celles de la République populaire de Chine. Nous avons un agenda de paix, qui est l’une des priorités de la République d’Arménie. Nous menons actuellement des négociations avec l’Azerbaïdjan en ce sens.

Nous sommes parvenus à un accord sur le projet de traité de paix, et nous sommes désormais prêts à le signer, puis à le ratifier. Nous cherchons également à normaliser nos relations avec notre voisin occidental, la Turquie.

Ainsi, la paix est véritablement une valeur à laquelle nous croyons profondément.
Et encore une fois, je tiens à souligner que c’est aussi ainsi que nous percevons l’approche et la politique de la République populaire de Chine. Nous nous souvenons avec reconnaissance que la Chine a salué l’accord trouvé entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan sur le projet de traité de paix, et qu’elle soutient les négociations de paix et le processus de normalisation des relations entre nos deux pays. Si l’on élargit la perspective aux relations internationales, la violation du droit international, l’absence de règles dans les relations entre États, ne sont pas seulement néfastes pour l’Arménie, mais également, comme nous le comprenons, pour la Chine et pour l’humanité dans son ensemble. Si notre objectif commun et ultime est l’établissement, la restauration ou le renforcement du droit international, ainsi que le renforcement du multilatéralisme, alors nous partageons pleinement cette approche.

- En effet, je sais que l’Arménie a présenté l’initiative "Carrefour de la Paix", qui, à bien des égards, coïncide avec l’initiative chinoise "la Ceinture et la Route", visant à promouvoir la connectivité et la coopération régionale. Comment voyez-vous la synergie entre ces deux initiatives ?

-  Il est clair que le monde entier cherche aujourd’hui à établir de nouvelles règles logistiques pour renforcer les liens entre les pays, et tant l’initiative "La Ceinture et la Route" que l’initiative arménienne "Carrefour de la Paix" font partie intégrante de cette quête commune visant à créer des connexions nouvelles ou améliorées.

Comme vous l’avez mentionné, l’initiative "Carrefour de la Paix" de la République d’Arménie est pleinement alignée avec la vision de la Ceinture et la Route.
L’idée principale est de garantir une meilleure connectivité entre l’Europe et l’Asie de l’Est, entre Paris et Pékin. Nous voyons très concrètement un mouvement fluide et libre de biens et de personnes depuis Paris vers Pékin, de la France à la Chine, en passant par le Caucase du Sud, notamment l’Arménie, puis par l’Asie centrale, comme le Kazakhstan.

Et si cette voie plus efficace se réalise et fonctionne de manière fluide, qu’on l’appelle "Carrefour de la Paix" ou "La Ceinture et la Route" , elle bénéficiera à tous les pays, à tous les peuples, et aidera les gouvernements à atteindre leur objectif fondamental : le bien-être et le bonheur de leurs citoyens. Par ailleurs, cet automne, la ville de Tianjin, en Chine, accueillera le sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS). En tant que partenaire de dialogue de l’OCS, l’Arménie observe une croissance continue de son commerce global avec la Chine d’année en année, ce qui renforce davantage notre volonté de participer activement aux initiatives régionales et internationales centrées sur la connectivité, la coopération et la paix.

– Selon vous, comment les priorités de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) en matière de développement vert et d’économie numérique peuvent-elles créer de nouvelles opportunités pour les deux pays ?

– L’Arménie est un partenaire de dialogue de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), et les principes fondamentaux de l’organisation sont extrêmement importants pour nous. Parmi ces principes, rappelons-en quelques-uns : l’intégrité territoriale, l’inviolabilité des frontières, la non-utilisation de la force. Ce sont exactement les fondements sur lesquels l’Arménie construit aujourd’hui sa politique étrangère. Ces principes sont donc essentiels pour nous. Mais en complément, nous observons également que  de nombreux autres axes stratégiques sont promus au sein de l’OCS, et vous en avez cité plusieurs : l’intelligence artificielle, l’économie numérique, la transition verte, les enjeux climatiques. Ces domaines sont aussi d’une grande importance pour l’Arménie.

Prenons un seul exemple, que je crois révélateur : l’un des segments les plus importants, sinon le plus important,  du commerce entre l’Arménie et la Chine concerne les technologies vertes. Cela montre bien notre implication dans cette dynamique. Et donc, lorsque nous parlons de questions climatiques de manière plus large, y compris la biodiversité,  il est important de souligner que ces enjeux sont également prioritaires pour l’Arménie. L’année prochaine, nous allons accueillir la conférence COP17 sur la biodiversité, un événement majeur pour notre pays. Et dans le cadre des préparatifs de cette rencontre, nous espérons renforcer notre coopération avec la Chine, y compris dans ce domaine. Tout cela démontre l’intérêt sincère et croissant de la République d’Arménie pour les activités de l’OCS et l’élargissement de notre coopération dans divers domaines, sur la base de principes partagés et de défis communs.

De plus, nous avons décidé d’élargir et de renforcer notre participation au sein de cette organisation. D’ailleurs, ce sujet a été l’un des points abordés lors des discussions et négociations entre les délégations arménienne et chinoise. Nous avons exprimé clairement notre position : notre volonté d’approfondir et d’intensifier notre rôle dans l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS). Et nous espérons sincèrement que cette aspiration sera accueillie favorablement par les États membres. L’Arménie est prête à contribuer activement aux objectifs communs de l’OCS, à travers une coopération renforcée dans des domaines aussi divers que la sécurité régionale, le développement durable, les échanges technologiques, économiques et culturels.

– Cette année marque le 33e anniversaire des relations diplomatiques entre la Chine et l’Arménie. Au-delà de la coopération économique, les échanges culturels se sont également intensifiés. La popularité croissante de la langue chinoise en Arménie, ainsi que le Concours international de violon "Khatchatourian" organisé en Chine, soulignent tous deux les liens profonds entre nos peuples. En regardant vers l’avenir, quelles sont vos attentes ?

-Bien sûr. Les échanges culturels sont essentiels pour renforcer et développer les liens entre les peuples. Je me réjouis de constater qu’il existe un intérêt croissant des deux côtés : en Arménie, pour la langue chinoise et la culture chinoise, et en Chine, pour la culture arménienne. Si nous regardons l’histoire, et que nous approfondissons un peu, nous verrons qu’il y a toujours eu une interaction positive entre les civilisations chinoise et arménienne. Il y a toujours eu des liens culturels solides.

Mais je pense que ce qui nous réjouit tous, c’est que cet intérêt ne fait que grandir aujourd’hui, tant en Arménie qu’en Chine. Je voudrais citer un exemple : en Arménie, il existe une école où l’on enseigne le chinois, et il y a une longue liste d’attente, les parents souhaitant y inscrire leurs enfants. C’est un exemple assez parlant, à mon avis. Aussi, la diffusion du Concours Khatchatourian et de la musique arménienne en Chine en sont d’autres exemples. Ce ne sont que quelques illustrations pour montrer la tendance générale.

 

 

 

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