Coopération médicale franco-arménienne : plusieurs décennies d’un parcours, des relations humaines vers une approche systémique
16 minutes de lecture

La coopération médicale franco-arménienne, unique en son genre et initiée il y a plusieurs décennies, s’est aujourd’hui transformée en un partenariat stable et durable, réunissant différentes institutions ainsi que plusieurs générations de médecins.
Le chef du service de chirurgie orthopédique du membre supérieur des Hospices Civils de Lyon, professeur à l’Université de Lyon et médecin Aram Ghazaryan, ainsi que le traumatologue-orthopédiste pédiatrique Karen Koloyan de l’Wigmore Women’s and Children’s Hospital, reviennent, dans un entretien accordé à « Armenpress », sur la naissance et l’évolution de cette coopération.

Selon le professeur Aram Ghazaryan, cette histoire a commencé bien avant la mise en place de programmes officiels et de cadres institutionnels de coopération.
« Le principal moteur de mes visites en Arménie est l’amour. Mais l’amour seul ne suffit pas : les personnes avec lesquelles on chemine jouent également un rôle essentiel. Je souhaiterais citer Artavazd Bagratitchi et Karen ; ils sont pour moi comme des frères. Toutefois, lorsqu’il est question de programmes d’envergure, durables, et d’une coopération structurée à l’échelle institutionnelle, il faut évoquer les organisations qui rendent tout cela possible. Les individus peuvent avoir la volonté et les compétences nécessaires, mais un travail de long terme ne devient possible que grâce aux institutions et à une approche systémique », explique Aram Ghazaryan, chef du service de chirurgie orthopédique du membre supérieur des Hospices Civils de Lyon et professeur à l’Université de Lyon.

Il rappelle avoir effectué sa première visite en Arménie dans les années 1970, alors qu’il était encore adolescent, dans un contexte lié à l’histoire de sa famille.
« Une partie de ma famille était restée en Arménie dans les années 1920 et, après de longues années, nous nous sommes retrouvés. Plus tard, alors que j’étais étudiant en médecine, je suis revenu en Arménie en 1989, et c’est à ce moment-là que j’ai rencontré Karen. Cette rencontre a été déterminante. Si je ne l’avais pas rencontré, lui ainsi qu’Artavazd, peut-être que toute cette histoire n’aurait jamais existé », raconte-t-il.

« Le principal moteur de mes visites en Arménie est l’amour. Mais l’amour seul ne suffit pas : les personnes avec lesquelles on chemine jouent également un rôle essentiel. Je souhaiterais citer Artavazd Bagratitchi et Karen ; ils sont pour moi comme des frères. Toutefois, lorsqu’il s’agit de programmes d’envergure, durables et d’une coopération systémique, il faut évoquer les organisations qui rendent tout cela possible. Les individus peuvent avoir la volonté et les compétences nécessaires, mais un travail de long terme ne devient réalisable que grâce aux institutions et à une approche structurée », explique Aram Ghazaryan, chef du service de chirurgie orthopédique du membre supérieur des Hospices civils de Lyon et professeur à l’Université de Lyon.
Il rappelle avoir effectué sa première visite en Arménie dans les années 1970, alors qu’il était encore adolescent, dans un contexte lié à l’histoire de sa famille.
« Une partie de ma famille était restée en Arménie dans les années 1920, et après de longues années nous nous sommes retrouvés. Plus tard, alors que j’étais étudiant en médecine, je suis revenu en Arménie en 1989, et c’est à ce moment-là que j’ai rencontré Karen. Cette rencontre a été déterminante. Si je ne l’avais pas rencontré, lui ainsi qu’Artavazd, peut-être que toute cette histoire n’aurait jamais existé », raconte-t-il.
Le traumatologue-orthopédiste pédiatrique Karen Koloyan de l’Wigmore Women’s and Children’s Hospital a, pour sa part, expliqué que sa rencontre avec le professeur Aram Ghazaryan remonte à la période ayant suivi le séisme de 1988 et s’est poursuivie durant les années de la première guerre du Haut-Karabakh.

« Cette période était extrêmement difficile, mais notre coopération reposait non seulement sur des liens professionnels, mais également sur une véritable amitié, qui a joué un rôle déterminant. Au départ, nous travaillions principalement sur les malformations congénitales chez les enfants, afin d’améliorer leur qualité de vie. Par la suite, la guerre a entraîné un grand nombre de blessés, et c’est là que l’expérience d’Aram s’est révélée inestimable. Grâce à son aide, nous avons pu sauver de nombreux membres ainsi que de nombreuses vies », souligne Karen Koloyan.
Selon lui, du milieu des années 1990 jusqu’en 2010, le pays et le secteur médical ont traversé une période particulièrement éprouvante, marquée par la guerre et le blocus, avec de graves pénuries d’électricité, de matériel et d’équipements médicaux.
« Durant ces années, l’aide d’Aram allait bien au-delà d’un simple soutien : elle représentait une véritable possibilité de survie et de progression. Ce qu’il parvenait à apporter de France, tant sur le plan des connaissances que des ressources matérielles, nous a permis non seulement de tenir, mais aussi de nous développer et d’aider des patients que nous n’aurions auparavant pas été en mesure de soigner », explique-t-il, rappelant qu’ils ont également travaillé ensemble au Haut-Karabakh.
Karen Koloyan souligne qu’ils ont partagé non seulement le travail, mais aussi les moments les plus difficiles comme les plus heureux de leur vie.
Le professeur de l’Université de Lyon, Aram Ghazaryan, affirme pour sa part que le système des Hospices Civils de Lyon joue un rôle essentiel dans la régularité de ses missions en Arménie. Depuis 2020, la partie française soutient, au niveau étatique, les programmes médicaux menés avec l’Arménie.

« L’hôpital public dans lequel je travaille alloue des financements afin d’organiser les missions en Arménie. Cette visite est déjà la quatorzième et, à chaque déplacement, une équipe de dix à douze médecins et professionnels de santé nous accompagne. Cela est essentiel non seulement pour accomplir un travail concret, mais aussi pour diffuser l’esprit de coopération », précise le professeur Ghazaryan.
Il ajoute qu’au fil des années, plusieurs spécialistes arméniens ont effectué des stages de longue durée au sein des hôpitaux universitaires de Lyon, perfectionnant leurs connaissances et leurs compétences chirurgicales dans le domaine de la chirurgie de la main.
De retour en Arménie, ces spécialistes ont contribué au développement et à la structuration de cette discipline dans le pays, tout en poursuivant une coopération active avec les hôpitaux universitaires lyonnais.
Les médecins insistent sur le fait que leur relation repose avant tout sur une exigence de qualité et une volonté constante de progrès.
« Dans cette coopération, l’essentiel réside dans la transmission du savoir. La médecine évolue en permanence et, si l’on cesse de progresser, on prend du retard. Notre objectif est de former une nouvelle génération capable de poursuivre ce travail. Notre action n’a de sens que si elle s’inscrit dans la continuité », affirme le professeur Ghazaryan, soulignant qu’aujourd’hui le niveau de développement de l’orthopédie en Arménie est particulièrement élevé.

Il ajoute que, si ses propres enfants souffraient d’un problème orthopédique, il confierait sans hésitation leur prise en charge à Karen Koloyan, précisant qu’il s’agit là, de sa part, du plus grand des compliments.
Selon Karen Koloyan, alors que dans les années 1990 l’Arménie avait besoin d’aide, elle est aujourd’hui en mesure d’apporter son soutien à d’autres pays.
« Nous avons travaillé en Géorgie, en Ukraine, et nous soutenons désormais également l’Ouzbékistan. Nous sommes devenus, à notre tour, un acteur de transmission du savoir. Toutefois, la médecine est un domaine coûteux et, sans soutien public ni aide extérieure, le développement reste difficile. Malgré cela, ces dernières années, l’Arménie a enregistré des progrès considérables, notamment dans le financement des soins destinés aux enfants », explique-t-il.
Évoquant les fondements institutionnels de cette coopération, Aram Ghazaryan insiste sur l’importance des accords officiels.
Il indique qu’une coopération structurée a été mise en place entre les Hospices Civils de Lyon, l’Université de Lyon, l’Université d’État de médecine d’Erevan et le ministère arménien de la Santé.

« Ce type d’accord crée les conditions nécessaires à la continuité et à la stabilité des programmes. La formation des jeunes médecins en France, par exemple, s’inscrit précisément dans ce cadre. Ces dernières années, l’implication active des jeunes spécialistes est devenue particulièrement importante. De jeunes chirurgiens français ont rejoint notre équipe et viennent bénévolement en Arménie. Cela revêt une valeur exceptionnelle : lorsqu’un jeune médecin consacre son temps et ses compétences aux autres, il ne s’agit plus seulement d’un engagement professionnel, mais d’une véritable mission humaine. C’est précisément ce dévouement qui garantit la pérennité de cette action », souligne Aram Ghazaryan.

Insistant enfin sur l’importance du lien entre la diaspora et l’Arménie, Aram Ghazaryan estime qu’une certaine distance subsiste parfois dans ces relations.
« L’Arménie et la diaspora doivent être des forces complémentaires. Ce n’est qu’à cette condition qu’il sera possible d’obtenir de véritables résultats, aussi bien dans le domaine de la santé que dans d’autres secteurs », conclut-il.
