Génocide des Arméniens

Les Arméniens sont une fois de plus pris pour cible- cette fois par l’Azerbaïdjan : un article de David Alton, membre de la Chambre des Lords du Royaume-Uni

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Les Arméniens sont une fois de plus pris pour cible- cette fois par l’Azerbaïdjan : un article de David Alton, membre de la Chambre des Lords du Royaume-Uni

Le journal britannique The Telegraph a publié, à l'occasion du 110ᵉ anniversaire du génocide arménien, un article de David Alton, membre de la Chambre des lords du Royaume-Uni, dans lequel l’auteur établit des parallèles entre le génocide perpétré par l’Empire ottoman au XXᵉ siècle et le nettoyage ethnique commis par l’Azerbaïdjan au Haut-Karabakh au XXIᵉ siècle.

Selon « Armenpress », David Alton qualifie les événements récents de « crimes historiques continus » à l’encontre de la population arménienne du Haut-Karabakh.

« En 1915, l’évêque arménien Grigoris Balakian était l’un des seize seuls survivants parmi les 250 intellectuels arrêtés et déportés pendant le génocide arménien.  Sa fuite terrifiante des marches de la mort vers le désert syrien est décrite dans son livre Le Golgotha arménien – un témoignage qui refuse l’oubli de l’Histoire et met en garde contre ses conséquences mortelles.

Cette année marque le 110ᵉ anniversaire du génocide arménien. Le 24 avril, la diaspora arménienne à travers le monde se rassemblera pour commémorer cette tragédie. En 2015, l'Église apostolique arménienne a canonisé les victimes, les proclamant saints. Ce moment de mémoire ne consiste pas uniquement à pleurer le passé, mais représente aussi un appel à affronter le présent.

Le lien persistant entre les crimes historiques et ceux qui se poursuivent aujourd’hui nous oblige à parler désormais sans ambiguïté. Aujourd’hui, les descendants de ces mêmes Arméniens sont de nouveau pris pour cible — cette fois par l’Azerbaïdjan, qui, en 2023, a achevé le nettoyage ethnique du Haut-Karabakh (Artsakh), forçant 120 000 Arméniens ethniques à quitter leur patrie historique.

Malgré les avertissements urgents des défenseurs des droits de l’homme et des instances internationales, les dirigeants du monde ont de nouveau détourné le regard.

Le Haut-Karabakh, une région montagneuse où la présence arménienne remonte au IIᵉ siècle avant notre ère, que j’ai moi-même visitée, a été assiégé pendant dix mois par l’Azerbaïdjan, coupé de l’approvisionnement en nourriture, médicaments et produits essentiels. Cela a culminé en septembre par une attaque militaire et un exode massif - un rappel glaçant des crimes du passé.

Ce n’est pas une hypothèse abstraite. L’ancien procureur de la Cour pénale internationale, Luis Moreno Ocampo, a déclaré que les actions de l’Azerbaïdjan remplissent les critères juridiques définis à l’article 2(b) de la Convention sur le génocide. Le Parlement européen, Genocide Watch et l’Institut Lemkin partagent cet avis.

Alors pourquoi le gouvernement du Royaume-Uni refuse-t-il encore de nommer les choses comme elles sont ?

De plus, l’agression de l’Azerbaïdjan ne s’est pas limitée au déplacement forcé. Vingt-trois Arméniens - dont beaucoup sont des civils ou d’anciens responsables élus de la République d’Artsakh - sont toujours détenus à Bakou sous de fausses accusations de terrorisme. L’un d’eux a été enlevé d’un convoi du Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

Leur traitement, comprenant l’isolement, le refus de soins médicaux et des aveux forcés, a été documenté par des organisations de défense des droits de l’homme et d’anciens détenus. Ils sont privés de leur droit à un procès équitable.

Il y a quelques jours à peine, l’Azerbaïdjan a expulsé le CICR - le seul organisme ayant accès aux détenus. En même temps ont été expulsés le service azerbaïdjanais de la BBC et d’autres médias crédibles. Ce n’était pas un hasard : c’était une tentative délibérée de couper le dernier lien humanitaire et d’éliminer toute surveillance des violations des droits humains.

Ce n’est pas la première fois que les Arméniens sont réduits au silence. L’Azerbaïdjan falsifie depuis des années l’histoire arménienne, en détruisant d’anciennes églises et cimetières, tout en niant le génocide arménien. Par ailleurs, la haine est inculquée aux jeunes générations : on enseigne aux écoliers que les Arméniens sont leurs ennemis, tandis que ceux qui ont été condamnés pour avoir tué des Arméniens sont graciés, célébrés comme des héros et récompensés financièrement.

Soyons clairs : ce n’est pas un « conflit ». C’est l’aboutissement d’une campagne de déshumanisation et d’éradication parrainée par l’État. Comme lors des génocides précédents - du Rwanda à la Bosnie - les signes avant-coureurs étaient évidents, mais le monde a presque entièrement échoué à intervenir.

Si ce n’est pas le moment d’agir, alors quand le sera-t-il ?

Le Royaume-Uni est signataire de la Convention sur le génocide. Cette signature n’est pas symbolique : elle nous oblige à prévenir, à protéger et à punir. Et pourtant, nous avons failli - en refusant de qualifier le nettoyage ethnique par son nom, en n’imposant aucune sanction aux dirigeants azerbaïdjanais responsables de crimes de guerre, et en trahissant notre devoir envers les victimes, en parlant un langage d’un faux équilibre.

Alton rappelle que l’Arménie a adhéré à la Cour pénale internationale en ratifiant le Statut de Rome. Cela ouvre la voie à une responsabilité internationale.
« Il est désormais possible de délivrer des mandats d’arrêt à l’encontre de responsables azerbaïdjanais pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Mais la justice ne doit pas seulement être rétrospective ; elle doit aussi être préventive. »

La communauté internationale doit exiger immédiatement la libération des 23 prisonniers arméniens, assurer le retour des observateurs internationaux en Azerbaïdjan et insister, de manière cohérente, sur le droit au retour des personnes déplacées de force.
Sans ces mesures, la primauté du droit n’est qu’une rhétorique creuse.

Il est essentiel de souligner que la libération des prisonniers n’est pas uniquement une question de justice : c’est une condition préalable à la paix.
Aucun accord entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan ne pourra être durable tant que des innocents seront détenus à Bakou comme otages.
Leur liberté n’est pas une concession — c’est une pierre de touche de la bonne volonté, une base indispensable pour la réconciliation.

Lorsque, il y a un an, j’ai donné la première conférence en mémoire de l’archevêque Grigoris Balakian à l’Église apostolique arménienne de Londres, j’ai posé la question suivante : le droit international a-t-il encore une importance ?
Si nous sommes prêts à l’appliquer, la réponse doit être claire et assurée : oui.

Échouer à ce niveau signifierait que la force fait le droit, et que les leçons de 1915, 1945 et 1994 n’ont servi à rien.
Cela encouragerait les tyrans, réduirait au silence les survivants, et ferait de l’expression « plus jamais ça » une simple formule vide.

Qu’on ne dise pas un jour de notre génération ce qu’Hitler a un jour osé demander: « Après tout, qui se souvient de l’extermination des Arméniens ? »

Il est temps de se souvenir.

 

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