Ouverture de la séance plénière du Sommet « Les dirigeants unis pour la nature »

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La cérémonie d’ouverture de la séance plénière du Sommet « Les dirigeants unis pour la nature », organisé dans le cadre de la 17e Conférence des Parties à la Convention sur la diversité biologique (COP17), s’est tenue au centre d’expositions et d’événements Meridian, à Erevan.

Auparavant, une cérémonie officielle d’accueil des chefs d’État et de gouvernement ainsi que des dirigeants d’organisations internationales participant à la séance plénière du sommet avait eu lieu.

Le Premier ministre Nikol Pashinyan et le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, ont notamment accueilli Khaled El-Enany, directeur général de l’UNESCO, Louise Mushikiwabo, secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie , Teresa Ribera, vice-présidente de la Commission européenne et commissaire chargée d’une transition propre, juste et competitive, Azouz Nasri, président du Conseil de la nation de la République algérienne démocratique et Populaire, Hussein Ali Mwinyi, président de Zanzibar. Serdar Berdimoukhamedov, président du Turkménistan, Irakli Kobakhidze, Premier ministre de Géorgie , Emomali Rahmon, président de la République du Tadjikistan, Sadyr Japarov, président de la République kirghize ; Kassym-Jomart Tokaïev, président du Kazakhstan,  et Massoud Pezeshkian, président de la République islamique d’Iran.

Après la cérémonie d’accueil et la séance de photos officielles, le Premier ministre arménien a prononcé une allocution.

"Excellences, chefs d’État,

Monsieur le Secrétaire général des Nations unies,

Éminents représentants des pouvoirs publics de la République d’Arménie,

Chers délégués,

Mesdames et Messieurs,

Bienvenue en République d’Arménie et bienvenue au Sommet « Les dirigeants unis pour la nature », organisé dans le cadre de la COP17 sur la biodiversité.

C’est un grand honneur pour nous d’accueillir ce sommet, ainsi que la COP17 sur la biodiversité. J’espère que ces rencontres seront fructueuses et contribueront à la protection de la biodiversité sur notre planète.

Pour le gouvernement de la République d’Arménie, cette question revêt une importance particulière, et nous éprouvons un sentiment de responsabilité tout particulier à l’égard de notre nature. Car nous devons reconnaître que, dans les moments difficiles qu’a traversés notre pays, c’est la nature qui nous a sauvés, et que nous avons eu le malheur d’en abuser.

Au début des années 1990, lorsque la République d’Arménie a accédé à l’indépendance, l’effondrement du système économique soviétique et le conflit ont provoqué une crise énergétique et socio-économique dans le pays.

L’Arménie s’est retrouvée sous blocus. Le pays manquait d’électricité, de gaz, de produits pétroliers et de charbon, et les habitants chauffaient principalement leurs logements au bois. Erevan s’est rapidement transformée: des milliers de cheminées de poêles, installées aux fenêtres des immeubles d’habitation, sont alors apparues dans la capitale.

Dans ces conditions, les coupes massives d’arbres ont commencé dans les forêts arméniennes. En l’absence presque totale d’une activité économique normale, l’exploitation forestière est devenue l’une des activités les plus lucratives du pays.

Les arbres des rues et des parcs de la capitale, Erevan, étaient même abattus, et les autorités avaient beaucoup de mal à lutter contre ce phénomène. C’est ainsi que des milliers d’hectares de forêts et d’espaces verts ont été détruits en Arménie. Le braconnage s’est largement répandu, portant un coup sévère à notre nature et à notre biodiversité.

Une situation similaire s’est développée au lac Sevan, le plus grand lac d’eau douce du Caucase du Sud, situé à environ 1 900 mètres d’altitude et constituant également le plus grand lac de la République d’Arménie.

Au début des années 1990, alors que les chaînes d’approvisionnement et de production étaient, pour ainsi dire, rompues et que la République d’Arménie était confrontée à des difficultés quotidiennes d’approvisionnement alimentaire, les ressources halieutiques du lac Sevan sont venues à notre secours.

Sans exagération, pendant plusieurs années, le poisson blanc du Sevan a constitué l’un des principaux aliments de la population arménienne. À son tour, cette situation a conduit les ressources halieutiques du lac au bord de l’épuisement. Or, outre le poisson blanc, le Sevan abrite une espèce endémique exceptionnelle, la truite du Sevan, qui compte quatre sous-espèces.

Mesdames et Messieurs,

Dans une intervention que j’ai prononcée récemment à une autre occasion, j’ai déclaré que nous, citoyens de la République 

collectivités territoriales, avons une dette envers notre nature, qu’il nous appartient de lui rendre. Cette formule exprime sans doute la politique que nous nous efforçons de mener.

Bien entendu, sur la voie de la protection de la nature et de la biodiversité en Arménie, nous avons enregistré aussi bien des succès que des échecs.

Je voudrais citer un exemple concret. En 2018, lorsque je suis devenu Premier ministre d’Arménie à la suite de la révolution populaire, non violente et de velours, l’une de mes premières décisions a été de mettre fin aux coupes illégales d’arbres, qui atteignaient encore une ampleur considérable.

Cette décision a suscité une forte opposition, en particulier dans la région de Tavouch, où je suis né et qui compte parmi les régions les plus boisées de notre pays.

Des manifestations ont éclaté dans ma région natale, car de nombreuses personnes continuaient, dans le prolongement des pratiques héritées des années 1990, à tirer leurs revenus de l’exploitation forestière illégale.

Je me suis rendu à cette occasion dans le village de Haghartsine, le village d’origine de ma mère, où réside une grande partie de ma famille.

Les habitants étaient très hostiles. J’essayais de leur expliquer qu’en préservant la forêt, ils pourraient gagner davantage qu’en procédant à des coupes illégales. Mais ils ne voulaient pas m’écouter, y compris certains de mes proches.

Nous avons toutefois fait preuve de fermeté et lutté contre l’exploitation forestière illégale avec toute la détermination possible. Or, un à deux ans plus tard, de nombreuses personnes qui se livraient à cette activité illégale ont changé de métier.

Les mêmes véhicules qui, quelques mois auparavant encore, servaient à transporter vers les marchés le bois abattu dans la forêt ont été réaménagés pour conduire des touristes dans les forêts, au cœur de la nature sauvage. Leurs propriétaires ont alors constaté, à leur grande surprise, que cette nouvelle activité leur permettait effectivement de gagner davantage et plus facilement.

Aujourd’hui, lorsque je traverse le village de Haghartsine, je me réjouis de voir, le long de la route, des bus stationnés qui amènent des touristes, ainsi que des dizaines de véhicules appartenant aux habitants et destinés à transporter les visiteurs dans les forêts et les montagnes.

C’est, sans aucun doute, une réussite. Les mêmes personnes qui, il y a quelques années, abattaient les arbres ont commencé à travailler avec la nature. Ceux qui se livraient au braconnage ont compris qu’un seul animal sauvage filmé par un touriste pouvait non seulement générer des dizaines de milliers de vues pour la vidéo de celui-ci, mais aussi attirer de nouveaux visiteurs. La nature est ainsi devenue une source de prospérité.

Bien entendu, l’afflux croissant de visiteurs engendre à son tour de nouveaux défis. Parallèlement, la population prend davantage conscience de la nécessité de maîtriser l’empreinte carbone, et le gouvernement prend des mesures pour favoriser cette prise de conscience.

Nous avons également adopté des mesures importantes pour protéger les ressources halieutiques du lac Sevan, et donc sa biodiversité. Nous avons pris des décisions visant à réglementer la pêche dans le lac et, pendant la période de frai, des contrôles aussi rigoureux que possible sont effectués. Grâce à ces mesures, les stocks de sigues du lac Sevan ont considérablement augmenté.

Pour la première fois dans l’histoire de notre pays, une police fluviale est opérationnelle sur le lac Sevan. Elle a notamment pour mission d’apporter son concours aux organismes chargés de la protection de l’environnement.

Bien entendu, ces mesures strictes suscitent un certain mécontentement parmi les citoyens qui pratiquent la pêche. Mais je leur pose toujours une question qui, me semble-t-il, les amène à revoir sensiblement leur position.

Je leur demande : chers concitoyens, pour qui prenons-nous ces mesures strictes visant à préserver et à reconstituer les ressources halieutiques du lac Sevan ? Pour qui le faisons-nous ? Est-ce pour moi-même ou pour mon entourage ?

Les citoyens savent que le gouvernement n’agit ni dans son propre intérêt ni dans celui de nos proches. Nous agissons dans l’intérêt même de ces pêcheurs et de leurs descendants, afin de leur garantir une source de revenus stable et durable à long terme.

Et les résultats sont manifestes. Au cours des dix dernières années, le stock total de sigues du lac Sevan, autrement dit sa biomasse, a été multiplié par plus de dix : alors qu’il ne s’élevait qu’à quelques centaines de tonnes au milieu des années 2010, en pleine période de crise, et que l’espèce était, de fait, au bord de la disparition, il dépassait les 4 500 tonnes en juillet 2026.

Le gouvernement met également en œuvre, dans le lac Sevan, un programme de reconstitution des stocks de truites du Sevan et de développement de la pisciculture. Jusqu’en 2025, les stocks de cette espèce dans le lac étaient négligeables, ne dépassant pas 20 tonnes. Ils ont été estimés à environ 138 tonnes en 2025, puis à 374 tonnes en juillet 2026. Aujourd’hui, les truites du Sevan réapparaissent dans les filets des pêcheurs du lac. Selon ces derniers, ils n’avaient entendu parler d’une telle fréquence de captures que dans les récits de leurs grands-pères.

Un programme de restauration et de développement des populations de truites fario est également mené avec succès dans les cours d’eau de haute montagne d’Arménie. Un stock de géniteurs a déjà été constitué, et les alevins qui en sont issus devraient être régulièrement relâchés dans les rivières de haute montagne du pays. Pour cette seule année, le lâcher d’environ 50 000 alevins est prévu.

Notre autre réussite concerne le léopard du Caucase, une espèce considérée comme disparue d’Arménie. Aujourd’hui, sa population dans le pays est estimée à six ou sept individus. En 2024, deux petits ont également été observés. La présence du léopard est un indicateur important de l’intégrité d’un écosystème, tandis que la naissance de petits témoigne de sa stabilité.

Le programme de réintroduction du cerf élaphe du Caucase en Arménie constitue une autre réussite pour nous. Cette espèce était elle aussi considérée comme disparue du territoire arménien. Pourtant, entre 2022 et 2025, 22 individus au total ont été réintroduits dans leur milieu naturel.

Huit faons sont déjà nés dans la nature, ce qui témoigne de la capacité des animaux réintroduits à se reproduire avec succès dans leur environnement naturel.

Excellences, Mesdames et Messieurs,

Malgré ces réussites, l’Arménie continue malheureusement de faire face à des coupes illégales d’arbres, à des actes de braconnage et à d’autres formes d’exploitation illégale de la nature.

C’est également pour répondre à ces problèmes que nous avons entrepris, il y a seulement deux ans, la mise en place du Service écogarde, qui constitue, en substance, une police environnementale en

République d’Arménie. Celui-ci est actuellement opérationnel dans quatre de nos dix régions et sera progressivement déployé dans les autres.

Ce service a pour mission d’assurer la protection de la nature vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Nous entendons le développer tant sur le plan technique que sur le plan opérationnel, tout en renforçant le professionnalisme et l’intégrité de ses agents.

Nos forêts possèdent une très grande capacité de régénération. Parallèlement, nous mettons en œuvre des programmes de restauration forestière, que nous entendons poursuivre. Mais nous devons également comprendre que, sans la protection des forêts et la promotion de comportements respectueux de l’environnement au sein de la population, il sera très difficile d’obtenir des résultats significatifs.

Je tiens également à adresser des paroles d’encouragement et de reconnaissance aux organisations internationales et aux organisations de la société civile qui se consacrent à la restauration des forêts et au reboisement en Arménie. Il s’agit d’un travail essentiel, et nous sommes prêts à unir nos efforts afin de créer des synergies.

Pour notre pays, l’un des défis particuliers consiste à mettre le secteur minier en conformité avec les normes environnementales modernes. Malgré les difficultés et la nécessité de prendre des mesures exigeantes, nous avançons dans cette direction avec transparence.

La gestion efficace des ressources en eau, ainsi que l’introduction et le développement de systèmes et de technologies économes en eau figurent parmi les priorités du gouvernement. Mais, là encore, il est évident qu’il est tout aussi important de promouvoir une véritable culture de l’économie d’eau au sein de la population.

Je dois dire la même chose du secteur de la gestion des déchets solides, dans lequel, malheureusement, nos avancées n’ont pas encore été d’une ampleur véritablement majeure.

D’un autre côté, nous devons comprendre que les changements, notamment dans les mentalités, s’opèrent très lentement. La solution réside donc dans la constance et la continuité de nos efforts, et nous sommes déterminés à poursuivre résolument dans cette voie.

Excellences, Mesdames et Messieurs,

La communauté internationale a déjà défini une vision consistant à « vivre en harmonie avec la nature » et a adopté, en 2022, le Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal, qui fixe des objectifs et des cibles précises à atteindre d’ici à 2030.

Nous sommes à mi-parcours de la réalisation de ces objectifs et nous devons reconnaître avec franchise que, collectivement, nous ne sommes pas encore sur la bonne voie pour les atteindre. Notre tâche n’est plus de formuler de nouvelles promesses. Elle consiste désormais à traduire en actions concrètes les engagements que nous avons déjà pris.

La COP17 sur la biodiversité offre une occasion importante de parvenir à des décisions susceptibles de changer la donne. La République d’Arménie est heureuse de contribuer à la concrétisation de cette possibilité.

Je souhaite plein succès aux travaux de la COP17 sur la biodiversité.

Je vous remercie de votre attention.

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