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Ararat Mirzoyan: le processus de normalisation avec la Türkiye a « considérablement mûri », la frontière pourrait bientôt s’ouvrir

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Ararat Mirzoyan: le processus de normalisation avec la Türkiye a « considérablement mûri », la frontière pourrait bientôt s’ouvrir

Dans le cadre du Forum de Varsovie sur la sécurité, le ministre arménien des Affaires étrangères et du Commerce international, Ararat Mirzoyan, a participé à un débat consacré aux perspectives de l’élargissement de l’Union européenne, intitulé « À moitié prêt ou pas à pas : repenser l’élargissement de l’UE ».

Le président du Monténégro, Jakov Milatović, a prononcé le discours d’ouverture. Le débat a également réuni le ministre lituanien des Affaires étrangères, Kęstutis Budrys, et la ministre roumaine des Affaires étrangères, Oana-Silvia Țoiu.

Selon Armenpress, le ministère arménien des Affaires étrangères et du Commerce international a présenté l’échange de questions-réponses entre Ararat Mirzoyan et le modérateur de la discussion :

Modérateur : Merci. Je souhaiterais maintenant donner la parole au ministre Mirzoyan. Nous avons entendu dire qu’il s’agit d’une nécessité et d’un processus long et assez complexe. Du point de vue d’Erevan, la dynamique des relations entre votre pays et l’Union européenne est plutôt positive. Pourriez-vous nous dire quel est le terminus lorsque vous montez dans ce train en direction de l’Europe ? Quelle est, pour vous, la destination finale ?

Ararat Mirzoyan : Je salue tout le monde. Pour commencer, je voudrais présenter la situation actuelle.

Nos relations avec l’Union européenne ont atteint un niveau de profondeur et de proximité sans précédent et couvrent un éventail tout aussi inédit de domaines et de secteurs. Nous avons engagé un dialogue sur la libéralisation des visas. Nous avons accueilli et continuons d’accueillir la mission d’observation de l’UE, qui surveille la situation à la frontière entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Récemment, nous avons également accueilli une deuxième mission, qui est temporaire, mais fonctionne de manière permanente et nous aide à faire face aux menaces hybrides.

Bien que l’Arménie ne soit pas un pays candidat à l’adhésion à l’UE, elle a bénéficié de mesures commerciales autonomes. C’est la nouvelle la plus récente : l’UE a adopté des mesures commerciales autonomes afin de soutenir la diversification des marchés d’exportation de l’Arménie. Nous avons également signé avec l’Union européenne un accord qui nous permettra de participer aux différentes missions de l’UE déployées dans diverses régions du monde.

Là encore, bien que nous ne soyons pas un pays candidat à l’adhésion, nous avons bénéficié d’un plan pour la croissance et la résilience, ainsi que du soutien de l’UE. Sans être un pays candidat, nous avons également reçu un soutien dans le cadre de la Facilité européenne pour la paix.

Ainsi, il ne s’agit pas uniquement de dialogue politique ou de soutien dans les domaines de l’économie et du commerce. Cela concerne également la sécurité, la politique étrangère et bien d’autres domaines.

Je tiens à souligner tous ces éléments pour montrer qu’avec l’Union européenne, nous sommes engagés dans un processus d’exploration constante de nouveaux horizons, dans le but de rapprocher toujours davantage l’UE et l’Arménie.

Vous me demandez quelle est la destination finale, quel est l’objectif ultime de ce processus. Je crains de vous décevoir, mais je pense que personne ne le sait : ni l’Arménie, ni l’Union européenne, ni même ses États membres.

Permettez-moi de vous expliquer la situation telle qu’elle se présente réellement.

En Arménie, pour être tout à fait honnête, les discussions sérieuses sur l’adhésion à l’UE viennent tout juste de commencer. Nous n’avons pas encore eu de véritable débat public approfondi sur cette question, même si, au printemps 2025, nous avons adopté une loi lançant le processus d’adhésion de l’Arménie à l’Union européenne. Telle est la perception du côté arménien.

Examinons maintenant le point de vue de l’UE. Nous avons déjà entendu plusieurs observations à ce sujet.

Il existe également un troisième volet, particulièrement important dans notre cas : notre voisinage. Passons en revue nos voisins.

L’Azerbaïdjan : nous venons tout juste d’établir la paix et d’entamer nos échanges commerciaux bilatéraux. Nous ouvrons nos territoires respectifs aux transports et au transit et nous procédons au déblocage des communications régionales. Toutefois, plusieurs questions sensibles restent encore à résoudre.

À l’ouest se trouve la Turquie, avec laquelle nous menons un dialogue très intense. Nous œuvrons à la normalisation de nos relations, mais la frontière reste fermée.

Au sud se trouve l’Iran, avec son environnement régional complexe, ses circonstances particulières et les défis auxquels il est confronté. Au nord se trouvent la Géorgie et la Russie.

S’agissant de la Russie, vous pouvez imaginer la réaction que pourrait susciter une telle évolution, compte tenu des particularités de nos relations avec ce pays. Historiquement, nous avons entretenu des relations très étroites et nous conservons aujourd’hui encore des liens solides. Il convient toutefois de gérer avec discernement la réaction éventuelle de la Russie. Personne ne souhaite se faire de nouveaux ennemis, et nous n’avons aucun intérêt à porter préjudice à une tierce partie.

Quant à la Géorgie, imaginez à quel point la situation serait plus simple si elle poursuivait sa trajectoire d’intégration européenne. Cela changerait considérablement la donne et modifierait également la nature de notre échange, ici même, avec le ministre des Affaires étrangères.

Ainsi, pour revenir à la question centrale, je pense que personne ne connaît la destination finale. Mais la bonne nouvelle, c’est que, du moins à mon sens, nous prenons tous deux plaisir à ce processus : l’Arménie et l’Union européenne, y compris ses États membres. Alors, profitons de ces relations chaleureuses, explorons de nouvelles possibilités et de nouvelles dimensions de coopération, et, à un moment donné, nous verrons ensemble si nous souhaitons nous « marier » ou non.

Modérateur : Merci beaucoup. Il existe une expression en anglais britannique : « Il vaut mieux voyager dans l’espoir que d’arriver à destination. » Compte tenu de la situation politique au sein de l’Union européenne, cette expression est peut-être particulièrement appropriée.

Ministre Mirzoyan, je souhaiterais revenir sur un point que vous avez déjà évoqué : l’environnement régional de l’Arménie et ses voisins. Pourriez-vous expliquer plus en détail comment le renforcement des relations de votre pays avec l’Union européenne, dont vous avez donné de nombreux exemples, peut servir de levier ou de moteur à des évolutions positives dans les relations avec l’Azerbaïdjan ou la Turquie, par exemple ? Comment cela peut-il vous aider à consolider vos relations avec vos voisins ?

Ararat Mirzoyan : Ma réponse, directe et sincère, est que ces deux questions ne sont peut-être pas aussi étroitement liées qu’on pourrait le penser, car, quoi qu’il arrive, nous continuerons à améliorer nos relations avec nos voisins. Cela ne dépend ni de notre politique européenne ni de nos aspirations européennes.

D’un autre côté, nous devons reconnaître que si notre objectif est de devenir membre à part entière de l’Union européenne, la présence de problèmes ou de conflits avec nos voisins constituera probablement un obstacle à ce processus.

Dans le même temps, nous devons également prêter attention à ce que le président du Monténégro a expliqué au cours des dernières minutes. Le Monténégro a satisfait à toutes les exigences prévues dans les différents chapitres. Tous les points, sous-points et même sous-sous-points ont été validés. Et nous devons reconnaître qu’en définitive, il s’est toujours agi d’une décision politique. Alors, où est la décision politique concernant le Monténégro ?

C’est un élément très important pour l’Arménie, notamment pour analyser la situation et planifier ses propres démarches. Nous avons également entendu le ministre lituanien expliquer comment les décisions se prennent en coulisses, à huis clos. Ce sont autant de facteurs importants à prendre en compte dans notre propre processus décisionnel.

Ainsi, pour revenir à votre question, quoi qu’il arrive, nous continuerons à améliorer nos relations avec nos voisins, et nous sommes presque parvenus à notre objectif.

Nous sommes en paix avec l’Azerbaïdjan, même s’il reste encore quelques étapes à franchir.

Nous œuvrons à la normalisation de nos relations avec la Turquie. La frontière reste fermée, mais je pense que le processus a désormais atteint un degré de maturité considérable. Il est tout à fait possible que nous nous réveillions demain matin et découvrions ce titre dans les médias : « La frontière entre l’Arménie et la Turquie est ouverte ».

Modérateur : Espérons qu’il en sera ainsi. Je vous remercie tous pour ces signaux positifs. Ministre Mirzoyan, pour conclure, que pourriez-vous nous dire au sujet des États-Unis et de leur rôle dans votre région ?

Ararat Mirzoyan : Je préférerais laisser aux responsables de l’Union européenne et des États-Unis le soin d’évaluer les relations entre les deux. Ce que je peux dire, c’est que, dans mon pays et probablement dans l’ensemble du Caucase du Sud, leurs intérêts ne sont pas contradictoires et que les deux parties coopèrent remarquablement bien.

Comme vous le savez, les États-Unis sont fortement impliqués dans le Caucase du Sud, notamment dans le processus d’ouverture et de déblocage des liaisons de transport entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Ces liaisons constitueront un maillon essentiel de la connectivité et des transports, par exemple entre le Portugal et la Chine, entre l’Occident et l’Orient.

Je pense que l’Union européenne et ses États membres comptent également parmi les bénéficiaires de ce processus.

Ainsi, de nombreux pays et centres de pouvoir à travers le monde ont des intérêts convergents en ce qui concerne le déblocage des communications dans le Caucase du Sud.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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